Que vaut encore le site Digg.com ? | InaGlobal

Que vaut encore le site Digg.com ?

Article  par  Erwan LE GAL  •  Publié le 20.07.2012  •  Mis à jour le 23.07.2012
[ACTUALITE] Après plus de sept années d’existence, le site Digg.com, pionnier des médias sociaux, a été vendu pour 500 000 dollars à la société Betaworks.
« La prochaine génération de Digg vivra avec l'équipe de Betaworks » a annoncé Matt Williams, son CEO, sur le blog de l’entreprise, le 12 juillet 2012. Après plus de sept années d’existence, le site Digg.com, pionnier des médias sociaux dont la valeur avait été à un moment estimée à plus de 200 millions de dollars, a été vendu pour près de 500 000 dollars à la société Betaworks.
 
Selon les informations de Techcrunch, Betaworks ne récupèrerait que les actifs restants de la société (le code, le nom de domaine…) après que le réseau social LinkedIn a acquis, pour près de 4 millions de dollars, une quinzaine de ses brevets (dont la fonctionnalité "Clique sur le bouton pour voter pour cet article"). Quant à l’équipe de Digg, elle rejoindrait le Washington Post pour près de 12 millions de dollars.
 
Lancé en 2004 par Kevin Rose, Owen Byrne, Ron Gorodetzky et Jay Adelson, Digg était devenu un symbole du Web 2.0. En 2006, Kevin Rose apparaissait ainsi en Une du magazine Business Week avec ce titre : « Comment ce gamin a gagné 60 millions de dollars en 18 mois. » Au plus fort de sa popularité, en 2008, Google avait proposé à ses fondateurs de racheter le site. Une offre qu’ils avaient préféré décliner.
 
Digg.com est un média social qui permet à ses utilisateurs de voter pour les liens qu’ils trouvent les plus intéressants. Chaque utilisateur est libre de suggérer, d’évaluer ou de commenter de nouveaux articles et des sites Web. Les mieux notés sont ensuite affichés sur la page d’accueil. Ce principe simple, à l’origine du « social bookmarking » et du concept de « curation », avait fait de Digg l’une des starts-ups les plus prometteuses de la Silicon Valley. À ce jour, écrit son fondateur, nous comptons plus de « 350 millions de Diggs, 28 millions de soumissions d’articles et plus de 40 millions de commentaires ».
 
Bien avant Twitter ou Facebook, Digg avait initié le concept de partage social sur le Web. « Ils étaient un des premiers médias sociaux », confirme Kristina Lerman, enseignant-chercheur à l’Université de Californie du Sud, citée par le WSJ, qui a étudié Digg et d’autres réseaux sociaux de partage d’actualités. « Ils ont été les premiers à introduire des éléments sociaux comme avoir des amis et des followers ».
 
Mais dès 2010, l’audience du site, cannibalisée par Facebook, Twitter ou Reddit, a commencé à s’effondrer. Comme d’autres, Digg a connu le « syndrome MySpace ». Les internautes n’ont ni l’appétit ni le temps disponible pour être actifs sur plusieurs réseaux sociaux à la fois. Seul le plus attrayant, le plus utile et celui qui réunit la masse critique la plus importante, a des chances de survivre.
 
Néanmoins, la concurrence, ainsi que de nombreuses tentatives de changement de design ratées qui ont exaspéré les membres du site, n’expliquent pas tout. Pour Alexis Madrigal, de The Atlantic, c’est avant tout la communauté des diggers qui est à l’origine des déboires du site. Autant motivés par des objectifs sociaux que financiers, une élite de power users s’est peu à peu constituée. À l’encontre de l’objectif initial du site – favoriser la curation et l’agrégation humaine – ces gardiens du temple ont perverti la philosophie du site. Il était devenu impossible pour les « simples utilisateurs » de faire remonter en Une du site les articles ou les liens qu’ils avaient soumis, face aux contenus souvent moins intéressants, voire inutiles, popularisés par des social media consultants dont c’était devenu le métier. S’il y a une seule leçon à retenir du fiasco Digg, c’est celle-ci : la valeur d’une communauté ne tient qu’à ses membres.
 
Betaworks, un incubateur de starts-ups new-yorkais, a déjà investi dans de nombreux services en ligne et est à l’origine de Bit.ly, un raccourcisseur d’URL, et de News.me, un agrégateur d’actualités sur iPad développé en collaboration avec le New York Times. Ce rachat permettra à Betaworks de développer News.me en y injectant la technologie de Digg, même si le produit final semble encore un peu flou. Sur le blog de Digg, Matt Williams s’est contenté d’écrire : « Betaworks dévoilera bientôt une nouvelle version de Digg basée sur le cloud pour compléter les applications actuelles pour iPhone et iPad de News.me. Restez branchés ».
 
L’enjeu de départ, pourtant, est toujours d’actualité. Les internautes ont de plus en plus le sentiment d’une abondance et d’une surcharge d’information. Sur Twitter ou Facebook, le nombre de contenus partagés ne cesse d’augmenter. En revenant à ce qu’il sait faire de mieux - l’agrégation, la curation – Digg a peut être encore une chance de revenir au centre du jeu social et de redéfinir la question des contenus et de l’actualité en ligne.

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 Crédit photo : capture d’écran de la page Facebook Digg.
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