Les fermes de contenus se tournent vers la production de qualité

Article  par  Erwan LE GAL  •  Publié le 17.11.2011  •  Mis à jour le 18.11.2011
[ACTUALITÉ] Afin de supprimer des résultats de recherche les contenus de mauvaise qualité, Google a déployé une nouvelle version de son algorithme. Premières visées par ces changements, les fermes de contenus ont dû revoir leur stratégie.
De plus en plus critiqué pour la qualité dégradée des résultats de son moteur de recherche, Google a annoncé en février 2011 le lancement d’une nouvelle version de son algorithme baptisée Panda. Avec cette mise à jour, le géant américain ciblait en particulier, sans les nommer, les  fermes de contenus,  ou « content farms», des « sites qui n’offrent que peu de contenus, qui apportent peu de valeur aux internautes, ou qui ne sont tout simplement pas très utiles, » écrivaient alors des ingénieurs de Google, Amith Singhal et Matt Cutts, sur le blog officiel de l’entreprise.
 
Les fermes de contenus publient, de façon industrielle, des contenus (articles, vidéos, etc.) ciblés pour répondre à un objectif précis : un accroissement de rentabilité en se basant sur les requêtes des internautes. Un algorithme analyse les demandes les plus effectuées sur les moteurs de recherche, puis calcule leur potentiel de revenus publicitaires. Les contenus susceptibles de générer le plus d’audience et de revenus sont ensuite commandés à des pigistes. Leur sujet, leur titre et les mots-clés principaux à intégrer sont imposés par l’algorithme, c’est le principe de l’écriture SEO (Search Engine Optimization).
 

Infographie du fonctionnement de la ferme de contenus Demand Media
"The Content Farm Story", publiée sur le blog Monetize Content
 
Les fermes de contenus sont accusées de fournir un contenu de qualité médiocre (principalement des articles traitant de sujets pratiques et des vidéos sur le modèle du « How-To ») et de polluer les résultats des moteurs de recherche. eHow, spécialisé dans la diffusion de vidéos pratiques, est un des sites qui a popularisé cette technique. C’est une filiale de Demand Media, un des plus grands producteurs de contenus sur le Web. Le jour de son IPO[+] NoteInitial Public OfferingX [1] (entrée en bourse), le 25 janvier dernier, Demand Media était valorisé à plus d’1 milliard de dollars.
 
La logique traditionnelle du journalisme (le rédacteur détermine le sujet et l’agenda médiatique) s’inverse, au profit d’un journalisme à la demande qui privilégie l’audience et la rentabilité aux dépens de la qualité. Fournir des résultats de recherche pertinents aux internautes demeure pourtant un enjeu crucial pour Google, dont le modèle économique est entièrement fondé sur sa réputation de qualité. Paradoxalement, les fermes de contenus sont aussi un atout pour le géant américain, qui en a besoin pour alimenter son modèle. Sur YouTube, qui appartient à Google, eHow est ainsi un des plus grands diffuseurs de vidéos « originales » (non assujetties au droit d’auteur). Or Google réalise aujourd’hui 97% de ses revenus grâce à la publicité contextuelle placée par exemple à côté de ces vidéos. Pour le géant de la  Silicon Valley, l’augmentation  des contenus est donc aussi synonyme d’accroissement des recettes publicitaires.
 
Déployé avant l'été 2011 aux Etats-Unis, puis le week-end du 15 août en Europe, Panda aurait affecté environ 12% des requêtes selon Google, et pénalisé de nombreux sites (principalement des fermes de contenus et des comparateurs de prix).
 
En réaction, Demand Media, très fragilisé par Panda, (l’action a perdu près des trois quarts de sa valeur en bourse, moins d'un an après son IPO) a revu son approche. Dans un message envoyé fin octobre à ses contributeurs, l’entreprise a affirmé vouloir désormais s’assurer que « chaque article serait écrit et édité par un professionnel qualifié disposant des connaissances et de l'expérience sur le sujet. »
 
Des contenus plus qualifiés, écrits par des rédacteurs plus expérimentés et mieux payés, c’est également ce que mettent en avant des start-ups fondées cette année, comme Contently ou Hyperink.
 
Contently s’affirme comme une plateforme de relation entre journalistes et éditeurs. Le site souhaite accompagner le passage du marketing traditionnel (média payé) au « brand content » (contenu de marque), optimisé pour les moteurs de recherche. Les marques et les éditeurs qui ont besoin de contenus de qualité rémunèrent correctement des contributeurs dont l’expertise est reconnue. L’anti-modèle, en somme, des fermes de contenu. Sur Contently, la rémunération d’un pigiste évolue entre $0,25 et $2 le mot, soit un tarif beaucoup plus élevé que celui des fermes de contenu traditionnelles, qui ont l’habitude de payer leurs collaborateurs entre $0,02 le mot et $10 le feuillet.
 
De façon similaire, Hyperink souhaite industrialiser la production de contenu sans sacrifier la qualité. La start-up édite et vend des e-books, chacun rédigé par un expert dans son domaine. Sont ainsi disponibles à la vente un manuel de préparation pour entrer à Harvard ou bien un guide des applications mobiles pour Android. Le site propose aujourd’hui plus de 150 volumes. Son fonctionnement est calqué sur celui des fermes de contenu : grâce à un logiciel qui analyse les requêtes des internautes les plus populaires ou les listes de meilleures ventes de livres, Hyperink détermine une liste de titres à produire. Puis la start-up assigne à un expert la tâche d’écrire sur son domaine d’expertise.
 
Cette évolution dans le domaine des contenus en ligne traduit surtout la toute-puissance de Google et la dépendance de plus en plus forte des éditeurs, contraints de s’adapter sans cesse aux changements de l’algorithme du moteur de recherche. Ainsi, le 7 novembre, une nouvelle mise à jour de l’algorithme a été dévoilée afin d’afficher en priorité les résultats les plus actualisés et récents.  Nul doute que ce nouveau critère sera rapidement pris en compte par les producteurs de contenus.
 
  • 1. Initial Public Offering
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