Le marché des applications en France : un avenir prometteur ? | InaGlobal

Le marché des applications en France : un avenir prometteur ?

Article  par  Dana Alexandra NITESCU  •  Publié le 26.05.2012  •  Mis à jour le 29.05.2012
[ACTUALITÉ] Le trafic des applications mobiles a enregistré une hausse significative au cours de l’année 2011. Le marché des applications en France est en plein essor, mais est-il suffisamment développé pour satisfaire pleinement le potentiel de cette tendance ?
Après une année où la consommation du numérique a connu une importante croissance, les pratiques des Français semblent intégrer de plus en plus l’usage de l’Internet mobile. D’après une étude AT Internet, les Français utilisent de plus en plus les applications mobiles. Leur utilisation a augmenté de 57,5 %, alors que le trafic des sites Web a baissé de 5,5 % en mars 2012, par rapport à mars 2011.

Selon Médiamétrie, l’augmentation enregistrée dans l’audience de l’Internet mobile en mars 2012 est liée au suivi des affaires d’actualité (campagne électorale, affaire Mohamed Merah, Ligue des champions…). Cela marque l’aspect pratique de ce type de connexion et renforce l’hypothèse du basculement du fixe vers le mobile. La catégorie « Actualités » a été consultée par 7,4 millions de mobinautes en mars 2012, soit 638 000 de plus qu’au mois de février (+9 %). Cette progression fait passer les « Actualités » du 9e rang au 8e rang. Au 15e rang, « Sport » est la catégorie qui a connu la plus forte progression en mars, et gagne 2 rangs par rapport à février : 5 millions de mobinautes l’ont consulté, soit 717 000 de plus qu’en février (+16 %). Ces statistiques mettent en évidence une évolution dans les intérêts et les pratiques des mobinautes et montrent les catégories « Actualités » et « Sport » comme étant une part dotée d’un potentiel significatif pour le développement du marché des applications en France.

L’apparition des forfaits mobiles illimités à des tarifs plus intéressants favorise également l’augmentation du nombre d’utilisateurs ayant accès à une connexion Internet depuis leurs appareils mobiles, une bonne nouvelle pour le marché des applications qui comptera plus de clients potentiels. Toujours selon Médiamétrie, 19 millions de mobinautes ont été enregistrés au 4e trimestre 2011 en France, et 60,6 % d’entre eux ont consulté au moins une application depuis. Par ailleurs, 38 % des Français possèdent un smartphone contre 27 % en 2011, ce qui représente une augmentation de plus de 10 points en un an. En dépit de cette évolution, la France est en retard par rapport à d’autres pays, notamment le Royaume-Uni et les pays de l’Europe du Nord, où 50 % de la population utilisent déjà un smartphone. Une étude montre que les mobinautes français ne sont que 25 % à avoir effectué un achat d’objet depuis leur téléphone, chiffre inférieur à la moyenne européenne. Deux principales hypothèses pourraient expliquer les statistiques : ce type de pratiques n’a été adopté que par une partie des mobinautes français ou/et l’actuel marché des applications en France n’est pas suffisamment convaincant et attractif.

Actuellement, le marché des applications est dominé par l’App Store (Apple) et Google Play (Android). Une différence majeure existe entre ces deux « magasins » : la présence d’une applis sur App Store nécessite l’accord d’Apple, alors que Google Play est ouvert à tous les développeurs et ne supprime les applis qu’en cas d’insuffisance technique ou de violation du code déontologique de la firme. Dans le monde, 15 milliards d’applications ont été téléchargées depuis Google Play, alors que l’App Store  compte 25 milliards de téléchargements. En 2011, Google estime avoir gagné 14,5 millions de dollars sur la vente d’applications, et prévoit 35,9 millions de dollars de revenus pour l’année 2012. Selon TechCrunch, Google Play possède 500 000 applications, contre 600 000 pour Apple, mais officieusement, ces chiffres ont déjà été dépassés. Malgré l’abondance de l’offre générale, seulement 6 % des applications présentes sur App Store sont traduites en français, soit précisément 55 529 (au 20 mai 2012) selon MonAppStore, ce qui explique en partie le manque d’enthousiasme des francophones vis-à-vis des applications.

Entretemps, Facebook se prépare à lancer son App Center, un magasin accessible en ligne ou depuis les appareils mobiles, qui cherche à réunir toutes les applications Web et mobiles compatibles avec l’interface du célèbre réseau social, tout juste entré en Bourse. Le concept d’App Center se présente comme un hybride original, entre un magasin (App Store, Google Play) et une vitrine, où les applications sont répertoriées avec la possibilité de les noter, de les partager, voir même de les envoyer directement sur un appareil mobile. Facebook ne fait pas concurrence à Apple et Google, mais cherche à se démarquer de ces deux derniers avec son nouveau concept, de quoi bouleverser le marché de l’Internet mobile.  Aussi, ce nouveau dispositif se veut efficace notamment pour les applications qui ne disposent pas forcément d’un gros budget marketing, mais qui sont en revanche appréciées par les utilisateurs. Facebook encourage les développeurs à profiter de sa dernière création et à augmenter la visibilité de leurs applications en les répertoriant sur App Center.

L’exemple d’Instagram porte les espoirs des développeurs et les craintes des investisseurs. Application créée pour partager des photos directement depuis son smartphone, elle a séduit près de 50 millions d’utilisateurs. Récemment achetée pour 1 milliard de dollars par Facebook, alors qu’elle ne dégageait aucun revenu, elle voit sa notoriété augmenter significativement mais fait craindre l’explosion de la bulle Internet. Le succès d’Instagram, s’il est pérenne, inspirera peut-être les développeurs français. Il reste à voir si l’offre d’applications françaises deviendra suffisamment généreuse et séduisante pour que les usages des mobinautes Français suivent les tendances de la moyenne européenne.

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- Image principale : Dana Alexandra Nitescu
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