L’expansion de la Grande Muraille électronique chinoise

Article  par  Jennifer ROUSSE-MARQUET  •  Publié le 10.01.2013  •  Mis à jour le 10.01.2013
[ACTUALITÉ] Fin décembre, le gouvernement chinois annonçait de nouvelles mesures renforçant son contrôle d’Internet. 

Pour clôturer l’année 2012, le Parti communiste dirigé par Xi Jinping vient d’annoncer la ratification d’une loi renforçant le contrôle d’Internet : les internautes ont maintenant l’obligation légale de fournir leur véritable identité à leur fournisseur d'accès au moment de leur souscription à un abonnement téléphonique ou Internet.
 
D’autre part, la suppression des messages et pages web aux contenus jugés illégaux par les fournisseurs d’accès, selon les directives du Parti, est maintenant autorisée. Ils sont tenus de sauvegarder et de transmettre les informations « illégales » aux autorités avant de les supprimer. D’après Xinhua, l’agence de presse officielle, cette loi a pour but de « renforcer la protection des données personnelles » sur le web, et de « préserver les intérêts publics ».
 
Ces nouvelles régulations devraient surtout permettre au gouvernement de renforcer son contrôle sur les utilisateurs mobiles et les weibos. Ces microblogs semblables à Twitter, sont des lieux d’échanges privilégiés des opposants au Parti, qui les utilisent pour organiser des mouvements de protestation et diffuser une version non officielle de certaines actualités. Pour le Parti, les weibos représentent une entrave à la stabilité politique.   
 
Si les internautes de cinq grandes villes – Pékin, Shanghai, Tianjin, Canton et Shenzhen – étaient déjà tenus depuis le 16 mars 2012 de s'inscrire sous leur véritable identité pour s'enregistrer sur les weibos, la plupart des internautes du pays pouvaient encore y accéder sous des pseudonymes.
 
En pratique, avec l’appui des acteurs Internet locaux – comme Sina Corp, la société derrière la populaire plateforme de microblogging Weibo - les autorités chinoises surveillaient déjà étroitement les informations diffusées en ligne (notamment les sujets politiquement sensibles), et n’hésitaient pas à les censurer si besoin. L’annonce de cette nouvelle réglementation ne changera donc rien, mais ces pratiques sont maintenant définies dans la loi.
 
Ces restrictions font suite à la mise en lumière par des internautes d’une série de scandales liés à la corruption de fonctionnaires. Ces affaires de relation extraconjugales et de malversations diverses avaient écorné l’image du Parti et avaient donné lieu à des démissions.
 
Même si le gouvernement dit vouloir encourager ces comportements qui permettent de lutter contre la corruption, il précise également que cette nouvelle loi permettra de mettre les internautes face à leur responsabilité : l’utilisation d’Internet doit se faire dans le respect de la loi et de la constitution, et ne doit en aucun cas porter atteinte à l’État, la société, ou aux autres citoyens. D’après le Parti, un étroit contrôle d’Internet est nécessaire pour permettre d’empêcher la diffusion de la pornographie, des rumeurs ou des accusations anonymes non fondées.
 
La censure des microblogs n'est d’ailleurs que l'une des nombreuses méthodes utilisées par les autorités pour contrôler les internautes chinois. Outre le contrôle du site Weibo, l'État bloque également l'accès sur son territoire aux sites étrangers Facebook, Twitter ou YouTube. Au quotidien, des commentateurs professionnels sont mandatés pour faire valoir l'avis officiel dans les conversations jugées sensibles. Une censure automatique est également appliquée sur la fonction "recherche" des sites, une liste de mots clés à censurer étant mise à jour toutes les semaines.

En amont, l'achat d'un nom de domaine est soumis à un contrôle draconien nécessitant, outre la justification de son identité, un formulaire délivré par la police locale, rendant l’administrateur responsable légalement des contenus que son site héberge
 
Ce système de censure du web chinois est surnommé la « Grande Muraille informatique »[+] NoteOu « Great Firewall » issue de l’association des expressions « Great Wall » (Grande Muraille) et "firewall" (pare-feu informatique).X [1].
 
L’accroissement du nombre d’internautes en Chine (538 millions) devrait compliquer la mise en application de cette loi, cette nouvelle restriction des droits est malheureusement la preuve que la politique du nouveau gouvernement ne montre aucun signe d’assouplissement.
 
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Crédit image principale: Flickr / ToGa Wanderings

  • 1. Ou « Great Firewall » issue de l’association des expressions « Great Wall » (Grande Muraille) et "firewall" (pare-feu informatique).
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