Google TV : vers la convergence TV/Web

Article  par  Matthieu HERVE  •  Publié le 19.11.2010  •  Mis à jour le 24.11.2010
[ACTUALITÉ] Présenté au mois de mai dernier, Google TV est le nouveau service de télévision lancé par Google. 
Présenté au mois de mai dernier, Google TV est le nouveau service de télévision lancé par Google. Il s’agit d’une plateforme destinée à permettre aux téléspectateurs de naviguer sur le Web depuis leur téléviseur, tout en ayant accès aux programmes de toutes les grandes chaînes de télévision américaines. Entre autres fonctionnalités, il est possible d’effectuer des recherches via le moteur de recherche Google, de consulter des sites Web via le navigateur Chrome, de visionner des vidéos sur YouTube ou de consulter ses pages Facebook, ceci tout en regardant la télévision. En guise de télécommande, le téléspectateur pourra se servir d’un Smartphone sous Androïd, ou d’un iPhone.

Le secteur de la télévision représente un enjeu financier considérable pour Google. Pour maîtriser ces nouvelles parts de marché, l’entreprise a établi des partenariats de premier plan, afin de concevoir une plateforme susceptible de rassembler à la fois l’audience de la télévision et celle du Web. Tout d’abord, Google s’est associé avec Dish Network, premier opérateur satellite des États-Unis. Le concours d’un opérateur TV est en effet indispensable pour assurer avec souplesse le passage du flux télévisé aux contenus Internet, sur lequel se base la plateforme. Ensuite, Google a coopéré avec des géants de l’audiovisuel tels que Sony et Logitech pour assurer la conception technique de sa plateforme. Google TV est donc disponible sur des téléviseurs HD Sony (vendus de 600 dollars pour un écran plat de 61 cm à 1.400 dollars pour un écran de 117 cm), ou à l’aide de boîtiers nommés Revue (vendus 300 dollars), fabriqués par Logitech, pouvant se brancher sur des téléviseurs de toutes marques.

De plus, pour améliorer sa plateforme, Google compte sur une communauté de développeurs. Car même si Twitter, HBO, NetFlix et Amazon travaillent déjà sur des versions spéciales de leurs sites pour ces nouveaux écrans, peu de sites ou d’applications y sont pour le moment adaptés. Pour résoudre ce problème, Google compte sur une communauté de développeurs. Le 26 octobre dernier, l’entreprise a en effet annoncé qu’elle offrait 10 000 Google TV aux développeurs l’aidant à améliorer la plateforme. L’idée étant également de stimuler les développeurs à réaliser des sites optimisés pour Google TV.
 
Mais un obstacle majeur est venu récemment freiner son déploiement. En effet, la plateforme de vidéo en ligne Hulu et trois des plus grandes chaînes de télévision américaines (NBC, CBS, ABC) viennent de refuser la diffusion de leurs programmes sur Google TV. Ces trois grandes chaînes diffusent déjà leurs programmes via Hulu.com, qui a annoncé un chiffre d'affaires de 240 millions de dollars pour 2010. Un revenu généré par un ciblage publicitaire et un système d’abonnement. Leurs motifs sont simples: d’une part, elles s’inquiètent de voir leurs programmes aux côtés de contenus illégaux, d’autre part elles reprochent à Google de ne pas leur reverser de contribution financière issue des revenus de la publicité.
 
Pour se défendre, Google assure aux diffuseurs et aux propriétaires de contenus que le moteur de recherche de Google TV est optimisé pour promouvoir les contenus de leurs sites et non ceux de sites illégaux, leur proposant même d'effacer les résultats de requêtes risquant de diriger les téléspectateurs vers ces sites.
 
Mais le principal désaccord est évidemment d’ordre économique. La stratégie de Google TV contraint ces chaînes à proposer des programmes de TV, mais soumis au modèle économique d’une Web TV. Signifiant ainsi que les revenus conséquents de la télévision par câble seront remplacés par les revenus beaucoup plus modestes du Web, ceci tout en devant proposer les mêmes contenus. Aujourd’hui, de nombreuses chaînes de télévision diffusent déjà des contenus vidéo sur le Web. Cependant, ces contenus sont loin d’avoir la visibilité et la publicité qu’ils peuvent avoir en télévision. Par exemple, jusqu’à récemment, un programme d’une heure diffusé sur Hulu pouvait être coupé de 2 minutes de publicité, contre 12 à 14 minutes en télévision.

En conséquence, l
es chaînes de télévision souhaiteraient soit augmenter le temps de publicité sur le Web, soit augmenter les recettes pay-per-view sur le Web par le biais de nouvelles annonces, ciblées ou interactives. Mais de nombreux publicitaires restent prudents devant une audience plus restreinte sur le Web et des spectateurs pouvant rapidement cliquer ailleurs. Poussées par Google TV sur une autre échelle économique dont elles ne tirent pas assez de bénéfices, ces chaînes manquent pour le moment d’un modèle économique viable pour s’installer sur le Web, et cherchent à s’en défendre.
 
En France, bien que la date de sortie de Google TV ait été annoncée pour courant 2011, la plupart des grandes chaînes du PAF (TF1, France Télévisions, Arte, Canal+, etc.) ont, le 23 novembre dernier, signé une charte sur « les modalités d’affichage des contenus et services en ligne sur les téléviseurs et autres matériels vidéos connectés ». S’inspirant du modèle américain de Hulu, de nombreuses chaînes françaises ont beaucoup investi pour proposer leurs programmes en VOD sur Internet. C’est par exemple le cas de France Télévisions avec Pluzz.fr ou Arte avec Arte+7. Elles espèrent ainsi obtenir des revenus importants grâce à un ciblage publicitaire poussé, complété par un système d'abonnement. Ici aussi, leurs objectifs sont de garder un contrôle étroit de leurs contenus, mais surtout de maîtriser l’affichage de services, de publicité ou de liens contextuels affichés autour de leurs programmes.
 
La charte pose comme principe que "lors de l'affichage du programme en plein écran ou en écran partiel, les surimpressions, incrustations ou apparitions de services, contenus éditoriaux, publicitaires, raccourcis, sollicitations publicitaires ou d'achats ne peuvent être maîtrisés et contrôlés que par le seul éditeur de la chaîne concernée. Ni un choix proposé par un tiers, opérateur, industriel ou fournisseur de service, ni un choix paramétré par le téléspectateur lui-même ne sont acceptés, y compris si ce choix provient d'un autre matériel connecté au téléviseur". Mais en contrepartie, les diffuseurs s'engagent à se mettre d'accord sur des "principes de navigation communs à tous les téléviseurs et autres matériels vidéo" et à "favoriser une solution technologique commune permettant d'associer l'utilisation de données diffusées dans le signal et de services en ligne". Ce à quoi Carlo d'Asaro Biondo, vice-président EMEA[+] Note"EMEA" désigne la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique.X [1] de Google, répond : "La télévision n'est pas la propriété des opérateurs ou des diffuseurs, elle est la propriété du consommateur. À lui de décider".

Alors que Sony et Logitech viennent ce mois-ci de mettre en vente leurs « produits Google TV », le blocage des contenus des grandes chaînes de télévision en limite donc considérablement l’offre et risque d’en ralentir les ventes
. Mais selon Forester, la possibilité de faire des recherches sur Internet, de poster des messages sur Twitter ou Facebook ou de chater avec un ami tout en regardant la télé seront des clés de succès plus importantes pour Google TV que la diffusion des programmes des grandes chaînes américaines. La plateforme propose assez de fonctionnalités susceptibles de séduire les téléspectateurs, générant ainsi des bénéfices que Google n’aura pas à partager. Selon une étude de GroupeM (WPP), 7,6 millions de foyers français pourraient être équipés de téléviseurs connectables à Internet en 2012 et 42,2% des téléviseurs seront connectés dans le monde d'ici 2014.
 
En lançant sa nouvelle plateforme, Google s’inscrit dans une tendance qui a semblé s’accélérer ces derniers mois, avec l’apparition de nombreux offres de ce type : la nouvelle Apple TV d’Apple, Hulu disponible via le boîtier Roku, Boxee et sa Boxee Box. Il est d’ailleurs intéressant de voir que deux approches très différentes construisent ces offres, l’une de flux et l’autre de stock. Ainsi, Google s’est associé aux constructeurs pour intégrer son savoir-faire au sein-même des téléviseurs, rendant possible de naviguer sur Internet et de visionner des contenus en simultané. Quand à Apple, à travers un boîtier TV vendu $99, le téléspectateur peut visionner en streaming HD des films pour $4,99 et des émissions de télévision pour 99 cents. Le principe du  flux propose donc une interactivité plus intense, plus immersive, quand celui du stock privilégie un confort d’utilisation et une qualité optimale des contenus. Depuis sa sortie à la fin de septembre dernier, Apple a déjà vendu 250 000 exemplaires de sa nouvelle Apple TV, et bien qu’il soit difficile de prévoir le succès de Google TV, les chaînes de télés plus « traditionnelles » auront du mal à lutter contre cette concurrence et les nouvelles expériences qu’elle propose.
  • 1. "EMEA" désigne la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique.
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