L'industrie du disque : comment s'est effondré ce marché ?

Appetite for Self-Destruction, The Spectacular Crash of the Record Industry in the Digital Age

NOTE DE LECTURE  par Matt DARTI  •  Publié le 28.09.2010  •  Mis à jour le 12.10.2009
L'auteur décrit l’effondrement de l’industrie du disque durant les vingt dernières années ; de manière claire et renseignée, il pointe les erreurs commises par les maisons de disque depuis l’arrivée du Compact Disc.

Titre : Appetite for Self-Destruction, The Spectacular Crash of the Record Industry in the Digital Age

Auteur(s)  : Steve KNOPPER

Éditeur(s) : Free Press

Parution : 01.01.2009

Sommaire


 

Une industrie prospère portée par un nouveau support révolutionnaire : le Compact Disc

Au début des années 80, la commercialisation du CD, malgré les réticences de quelques labels, apparaît comme une économie lucrative qui semble avoir de beaux jours devant elle. Cependant, avec l’apparition d’Internet, les espérances d’une croissance à long terme s’estompent à cause du développement du piratage à grande échelle.
 
L’auteur fait ainsi l’inventaire des plus grosses erreurs que l’industrie du disque a commises pour, au bout du compte, décevoir ses propres clients et rigidifier son modèle de gestion. Etait-ce un effondrement inévitable ? Comment en est-on arrivé à une lutte entre les mélomanes convertis à Internet et les labels ? Quel avenir pour la musique à l’ère du Mp3 et de l’Ipod ?


Steve Knopper débute son enquête lors de l’effondrement des ventes de disques dans l’ère post-Disco et montre que les chiffres reviennent à la hausse avec le succès de Thriller de Michael Jackson et la diffusion des clips musicaux sur MTV. Pour lui, c’est un jeune ingénieur nommé James T. Russel qui peut être considéré comme l’inventeur du CD. Dans les années 60, celui-ci commence à travailler sur un nouveau support permettant de réduire le « bruit » que l’on entendait sur les vinyles grâce à la technologie dite « statique ». En utilisant les technologies de l’optique et du laser, il réussit à améliorer la qualité sonore et la conservation du son. Parallèlement, les ingénieurs japonais de Sony et ceux de Philips travaillent main dans la main à la réalisation des premiers prototypes du Compact Disc. L’auteur est ainsi soucieux de réhabiliter le travail de James T. Russel dont l’importance est souvent négligée au profit de celui des ingénieurs de Philips et de Sony.
 
Dès lors, grâce à cette synergie, le marché de la musique est complètement reconfiguré par la distribution du Compact Disc chez tous les disquaires du monde entier. Pourtant, Walter Yetnikoff, la figure de proue du commerce du disque à la tête de CBS, ne croit pas à l’avenir de cette nouvelle technologie car les coûts de fabrication sont trop élevés. Cependant, malgré les critiques sur la perte de la sensibilité musicale liée à la numérisation, les oppositions au CD s’effacent vite devant le succès rapide des premières ventes.
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Le succès du CD fait entrer l’industrie du disque dans la démesure des chiffres

Dans un premier temps, les maisons de disque jouissent des profits considérables engrangés par le succès du CD, lancé sur le marché américain et japonais en 1983 et en Europe en 1986. Cette industrie est si florissante que Wall Street s’y intéresse désormais et les majors deviennent cotées en bourse. Mais ceux-ci commettent alors leurs premières erreurs. En effet, ce nouveau support qui séduit tant les labels contient une faille : la possibilité de copie. Si ce problème était déjà connu avec la K7 audio, le risque de reproduction illégale est amplifié par l’arrivée des CD-R et des CD-RW. L’institut américain RIAA (Recording Industry Association of America) qui se charge du contrôle du piratage signale dès les années 90 les premiers effets néfastes de la copie des CDs. Cependant, avec l’ère des Boys Bands, les maisons de disque font un maximum de profit et accordent peu d’importance à ce problème.
 
Cette période faste pour les grandes compagnies du disque, marquée par la création de superstars et la conviction que les profits dureraient toujours, est soudain obérée par le développement d’Internet.
 
 
 

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Internet et Napster ébranlent l’édifice

 
Les labels sont pour l’heure rassurés par les chiffres astronomiques des ventes et leurs erreurs ne prêtent pas trop à conséquence dans l’immédiat. Mais, un jeune homme de dix-neuf ans bouleverse alors complètement toute l’industrie du disque en mettant en ligne en 1998 une plateforme de téléchargement gratuite de fichiers audio : Napster. A partir de cet instant, les maisons de disque et la RIAA s’opposent fermement à Napster et entament des poursuites judiciaires. Mais les lois du Digital Millenium Copyright de 1998 et l’Audio Home Recording Act en 1992 permettent à Napster d’exister tant qu’il n’incite pas explicitement les consommateurs au piratage. La lutte entre les partisans de la free music ou le peer-to-peer -P2P, et les labels se durcit ensuite. Les maisons de disque dépensent alors des sommes considérables pour gagner la bataille judiciaire ou pour protéger le contenu des CD… jusqu’à endommager les ordinateurs personnels des utilisateurs ! Cette position des maisons de disque est très mal perçue par les consommateurs. En effet, les labels lancent une campagne médiatique très forte pour dénoncer les utilisateurs de Napster, alors que ceux-ci sont les principaux acheteurs de la musique vendue par les majors.
 
Selon l’auteur, cet épisode décisif dans l’évolution de l’économie du disque annonce l’incapacité des labels à s’adapter aux nouvelles technologies. Au lieu de se servir de Napster comme d’un nouvel outil marketing, les majors ont voulu à tout prix sauvegarder leur organisation initiale sclérosée.
 
 
 
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Steve Jobs avec Apple relance le commerce de la musique mais fait de l’ombre aux labels qui mettent du temps à s’adapter

Un autre coup est porté aux maisons de disque avec l’arrivée de l’iPod conçu en 2002 par Steve Jobs, co-fondateur d’Apple. Par rapport à un Mp3 classique, l’Ipod intègre totalement le logiciel iTunes qui permet le téléchargement et l’achat de fichiers audio. Il s’agit d’une véritable révolution pour le marché de la musique digitale, et Universal, conscient de l’importance de cette manne, passe un contrat de vente de fichiers audio à 0,99 centimes de dollars l’unité. Mais face aux réclamations des artistes qui se sentent lésés par rapport aux dividendes perçus sur les ventes physiques, les majors renoncent à investir le marché de la musique digitale et laissent ce monopole à Apple.
 
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Vers la fin des labels dans un monde où la musique est omniprésente

Steve Knopper propose un dernier chapitre de réflexion sur l’avenir de la musique dans lequel il montre bien que les avis sont partagés quant aux effets d’Internet sur le marché de la musique. En effet, si de nombreux artistes - comme le rappeur Ice-Cube - craignent pour l’avenir de la créativité musicale, d’autres voix plus optimistes s’élèvent pour louer la diversité musicale et la démocratisation permises par les nouvelles technologies.

Pour lui, l’Histoire a donc montré que les maisons de disques ont raté le rendez-vous avec l’ère digitale, mais que de nouvelles formes d’organisation ont pris le relais dans un cyber-univers où tout semble possible… L’ouvrage de Steve Knopper permet donc de comprendre la situation actuelle de l’industrie du disque grâce à une très bonne analyse des erreurs du passé. Pour approfondir, les perspectives d’avenir, il peut être intéressant de se référer à l’ouvrage de David Kusek et Gerd Leonhard The Futur of Music.
 
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Pour aller plus loin

.Fredric DANNEN, Hit Men,”Power Brokers and Fast Money Inside the Music Business”,  432 pages, Vintage (July 2, 1991)
 
.David KUSEK, Gerd LEONHARD, The Future of Music, “Manifesto for the Digital Music Revolution”,  (Berklee Press), 197 pages, Berklee Press (January 1, 2005)
 
.Larry HARRIS, Curt GOOCH, Jeff SUHS, And Party Every Day, “The Inside Story Of Casablanca Records”,  310 pages, Backbeat (November 30, 2009)
 
. Greg KOT, Ripped, “How the Wired Generation Revolutionized Music”, 272 pages, Scribner (May 19, 2009)
 
.Fred GOODMAN, Fortune’s Fool, “Edgar Bronfman Jr., Warner Music, and an Industry in Crisis”, Scribner, 2010, 336 pages
 
.Allen BARGFREDE, Music Law in the Digital Age 176 pages, Berklee Press (December 28, 2009)
 
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Titre du livre : Appetite for Self-Destruction, The Spectacular Crash of the Record Industry in the Digital Age
Auteur(s)  : Steve KNOPPER
Éditeur(s) : Free Press
Parution : 01/01/2009
Nombre de pages  : 301 pages

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