LimeWire face à l'offensive des indépendants

Article  par  Sara HEFT  •  Publié le 25.07.2011  •  Mis à jour le 26.07.2011
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[ACTUALITÉ] Loi des séries pour LimeWire avec un nouveau procès intenté par Merlin BV, structure basée à Amsterdam et représentant plus de 12 000 labels indépendants de par le monde.
 
LimeWire, qui avait acquis une forte popularité dans le paysage des services d’échange de musique en ligne (peer-to-peer) au cours de sa décennie d’existence, a récemment été obligé de payer chèrement ses infractions au copyright, après pratiquement cinq ans de procès contre les majors de l’industrie de la musique[+] NoteEMI Group, Sony BMG Music Entertainment, Universal Music Group et Warner Music Group.X [1]. Suite au jugement prononcé en mai 2011, la société, dissoute en 2010, a dû débourser 105 millions de dollars[+] NoteLe New York Times annonçait peu de temps après le procès que cette somme serait vraisemblablement répartie entre les majors en fonction de leur part de marché une fois les frais élevés de procédure judiciaire payés, avec un pourcentage indéterminé de cette somme ventilée utilisé pour dédommager les artistes.X [2]. Les indépendants marchent maintenant sur les pas des majors, avec Merlin BV en tête, attaquant en justice l’ex leader du peer-to-peer afin d’être dédommagés des pertes dues aux téléchargements illégaux, et ce sur la base du non-respect par LimeWire de ces obligations de rémunération signifiées préalablement dans un accord formel entre les deux parties.
 
Merlin BV a ainsi intenté un procès pour rupture de contrat devant la Cour fédérale du district de Manhattan le 13 juillet 2011, arguant que LimeWire n’a pas respecté les engagements énumérés dans une série d’accords signés entre 2009 et 2010, dans lesquels la société affirmait son empressement à proposer aux labels indépendants un contrat basé sur les mêmes « termes financiers » que ceux qui étaient sur le point d’être conclus avec les majors, au prorata de la part de marché occupée par les indépendants – les membres de Merlin représentent « au moins » 7,5 % de la part du marché nord-américain en 2009. D’après Merlin BV, « lorsque LimeWire a été confronté à son obligation de faire une telle offre, ses représentants ont simplement refusé, en s’appuyant sur des arguments indéfendables et qui ne trouvent pas d’écho dans l’accord ainsi établi entre les parties. »
 
La fédération de musique indépendante, qui représente des labels de renoms comme Epitaph, Rough Trade, Merge, et Beggars Group, comptant des artistes tels que Tom Waits, Spoon, Bright Eyes, Arcade Fire, ou The National, ne demande pas moins de 5 millions de dollars de dommages de la part de la société et son fondateur, Mark Gorton, président directeur général de Limewire de son lancement en 2000 jusqu’en 2006, année où les majors et la RIAA[+] NoteThe Recording Industry Association of America : association représentant les professionnels de l’industrie de la musique enregistrée aux États-Unis.X [3] ont poursuivi en justice le service d’échange en ligne pour promotion du piratage. Ce procès interminable a abouti en mai 2010 lorsque LimeWire a été jugé coupable de violation du copyright et définitivement mis hors-service suite à une injonction émise par le juge Kimba Wood en octobre 2010. Les dommages et intérêts demandés à la suite de cette affaire étaient bien loin des 1,4 milliards voulus par les majors : celles-ci, rapporte le New York Times, demandaient jusqu’à 150 000 dollars par chanson, ayant identifié plus de 9 000 enregistrements, datant des 40 dernières années, échangés illégalement sur Limewire.

 

Plus tôt en 2011, LimeWire, suite à un second procès lié aux mêmes problèmes juridiques, aurait également dû payer la somme de 12 millions de dollars à la National Music Publishers Association (association représentant les producteurs de musique américains).
 
La suppression de LimeWire a mené à une diminution certaine du partage de fichiers en peer-to-peer parmi les internautes américains, selon le cabinet d’étude NPD qui a récemment publié le rapport « Music Acquisition Monitor », basé sur une observation des consommateurs menée en janvier 2011. Pour Russ Crupnick, analyste de l’industrie du divertissement cité dans le dossier de presse accompagnant ce rapport, « LimeWire était tellement populaire pour l’échange de fichier de musique, et pendant si longtemps, que sa fermeture a eu un effet fort et immédiat sur le nombre de personnes téléchargeant de la musique sur les services de P2P, et a restreint l’ensemble des échanges ». Toujours d’après ce rapport, le nombre d’internautes américains actifs sur les services de téléchargement de musique en P2P a diminué suite à la fermeture de LimeWire, passant de 16 % au quatrième semestre 2007 à 9 % trois ans plus tard.
 
Enfin, d’autres données ressortent, venant confirmer la position des labels indépendants : une récente étude conduite par Merlin BV montre ainsi la place majeure des artistes indépendants sur le marché international de la musique[+] NoteOn peut à ce propos lire sur le site Internet de Merlin BV que « l’ensemble du secteur de la musique indépendante […] représente 30 % de toutes les ventes de musique ».X [4]. Ce changement semble inextricablement lié à la montée en puissance de l’économie de la musique numérique – dont l’un des effets notables est l’augmentation de la part de marché des artistes indépendants au niveau des ventes de musique en ligne, 58 % plus importante que les ventes physiques réalisées aux États-Unis ces deux dernières années. Conscients de cette force à l’heure de la musique numérique, les labels indépendants sont résolus à sécuriser un business model lucratif en utilisant le panel d’outils à leur disposition, ce qui suppose, en amont, de stabiliser et d’optimiser les revenus issus des services de téléchargement et de streaming.

 
Traduit de l'anglais au français par Yoann Digue.
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Crédit photo : jinjaSi / Flickr
  • 1. EMI Group, Sony BMG Music Entertainment, Universal Music Group et Warner Music Group.
  • 2. Le New York Times annonçait peu de temps après le procès que cette somme serait vraisemblablement répartie entre les majors en fonction de leur part de marché une fois les frais élevés de procédure judiciaire payés, avec un pourcentage indéterminé de cette somme ventilée utilisé pour dédommager les artistes.
  • 3. The Recording Industry Association of America : association représentant les professionnels de l’industrie de la musique enregistrée aux États-Unis.
  • 4. On peut à ce propos lire sur le site Internet de Merlin BV que « l’ensemble du secteur de la musique indépendante […] représente 30 % de toutes les ventes de musique ».
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