Le streaming de musique en Inde, une affaire bientôt rentable pour Dhingana

Article  par  Hélène LECUYER  •  Publié le 12.11.2012  •  Mis à jour le 12.11.2012
[ACTUALITÉ] Dhingana, la première plate-forme de streaming gratuit et légal de musique indienne vient de lever 7 millions de dollars auprès d’investisseurs américains. Prochaine étape : monétiser son succès.
Le streaming légal reste encore l’exception sur le marché de la musique numérique en Inde mais Dhingana, la plate-forme de musique à la demande 100 % légale et gratuite espère bien changer les choses. Elle vient de lever 7 millions de dollars de fonds supplémentaires, essentiellement avec l’aide de Lightspeed Venture Partner,  et compte prochainement monétiser un succès qui se confirme de mois en mois.

Fondée en 2007 par deux indiens immigrés dans la Silicon Valley en mal de musique Bollywood et indienne, la start-up a vu sa croissance s’accélérer depuis un an : 15 millions d’utilisateurs actifs mensuels  écoutent en ligne l’équivalent de plus de 100 millions de minutes de musique puisée dans un catalogue de 500 000 chansons en 35 langues régionales, le plus grand catalogue de musique indienne en ligne selon leur site Internet. Ses utilisateurs se répartissent sur 220 pays, dont 60 % en Inde et  40 % issus de la diaspora indienne. Dinghana est loin d’être le seul acteur de ce marché, mais si des noms comme Spotify (20 millions d’utilisateurs) ou Pandora (52 millions) peuvent sembler plus connus, ils ne représentent pas une véritable menace pour la plate-forme indo-américaine car le contenu qu’ils proposent pour la musique indienne reste très limité. Restent des concurrents comme Saavn (10 millions d’utilisateurs actifs mensuels) mais le marché est tellement énorme que la croissance de l’un ne devrait pas entraver celle de l’autre.

Le marché de la musique en Inde a entamé sa révolution numérique. Depuis 2010, les ventes numériques excèdent les ventes physiques. Et alors que la pénétration de l’Internet fixe, à 7 % de la population, reste limitée, l’explosion des smartphones, les technologies 3G et 4G permettent aux 900 millions d’utilisateurs de téléphonie mobile d’accéder à la musique en ligne. Dhingana, qui propose des applications sur iOS, Android, Blackberry compte déjà 4,5 millions d’utilisateurs qui se connectent sur sa plate-forme depuis leurs téléphone mobiles. Un chiffre qui ne peut qu’augmenter quand on sait que pour 52 % des indiens, le téléphone portable est le support d’accès privilégié à la musique[+].
 

Consciente que les nouveaux utilisateurs se gagneront sur le terrain de la téléphonie mobile, Dhingana prévoit d’utiliser une partie des fonds qu’elle a levés pour recruter des ingénieurs. Elle compte aussi sur son partenariat avec Facebook. Depuis mai 2012, les utilisateurs ont la possibilité de poster directement sur leur timeline les morceaux de musique qu’ils écoutent via Dhingana, pour les recommander et les partager avec leurs amis. Entre mise à disposition d’un contenu, avancées technologiques et échanges sur les réseaux sociaux, se met ainsi en place une trilogie vertueuse favorable au développement du streaming en Inde.

Reste à monétiser un site qui pour l’instant n’affiche que des revenus négligeables. L’arrivée à l’Advisory Board de Gokul Rajaram, Product Director for Advertising chez Facebook, annonce des changements. Dhingana a prévu de mettre en place un système hybride, proposant soit un accès illimité sans publicité grâce à un abonnement mensuel, soit l’accès gratuit moyennant la présence de la publicité – comme Deezer par exemple. Cette publicité, Dhingana la veut attractive pour l’utilisateur et efficace pour l’annonceur.  Elle compte développer des partenariats avec les studios de cinéma, une synergie pertinente quand on sait que 67% des ventes de musique réalisées en Inde sont des musiques de films.  Elle proposera aussi à des maisons de disques et à des marques la possibilité de toucher un public ciblé en personnalisant les annonces qui apparaitront sur le site en fonction du profil sociologique et des goûts musicaux du consommateur. Grâce à ces nouveaux revenus publicitaires, Dhingana espère atteindre l’équilibre dès 2014.

La plus grande menace cependant qui pèse sur la stratégie de Dhingana est le piratage. Le site, pour l’instant entièrement gratuit et dépourvu de toute publicité, est une alternative attractive aux centaines de sites de téléchargement illégaux. On estime d’ailleurs que le piratage représente  chaque année une perte équivalent à la taille du marché de la musique en Inde. Mais le consommateur ne risque-t-il pas de retourner à ses premières amours illégales si Dhingana évolue ?  Pour détourner le public du piratage, c’est toute l’industrie qui affute ses arguments. Le premier est l’appel au sentiment national : selon les autorités indiennes, le piratage sert à financer le terrorisme, et l’industrie n’hésite pas à culpabiliser les jeunes indiens dans un pays où les attaques terroristes sont régulières. Le deuxième est légal. L’industrie de la musique a obtenu de la cour de justice de Calcutta qu’elle ordonne aux fournisseurs d’accès internet de bloquer l’accès à 104 sites de diffusion illégale de musique. Ce qui laisse la voie livre à Dhingana et ses concurrents.

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Crédits photos :
- Image principale : page officielle Facebook Dhingana
- Publicité Dhingana
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