Le CD single fait de la résistance sur le sol américain

Article  par  Kevin PICCIAU  •  Publié le 15.03.2013  •  Mis à jour le 15.03.2013
[ACTUALITÉ] Alors que l'Europe semble signer l'acte de décès définitif du CD 2 titres, le marché américain fait figure d'ovni : en 2012, le single a continué à se porter relativement bien.
En ce début 2013, la British Phonographic Industry (BPI) et le Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP) n'ont pas dérogé à leurs habitudes en livrant les chiffres du marché de la musique pour l'année écoulée, pour deux marchés essentiels de la zone européenne, le Royaume-Uni et la France. La température donnée par l'étude britannique comme celle que révèle le rapport français ne suscitent aucune surprise. Dans les deux pays, les ventes de disques physiques suivent la pente descendante annoncée – et initiée – depuis plusieurs années au niveau mondial, reculant toujours plus face à la vague de la musique numérique.

Ainsi, si l'année 2012 a vu une augmentation de 4,7 % des ventes de singles[+] NoteLe dérivé du 45 tours imaginé au temps du vinyle.X [1] au Royaume-Uni, 97,2 % des ventes sur des titres proposés en single ont été réalisées au format numérique, seules 0,3 % des ventes passant par le format physique du « CD 2 titres ». En France aussi, le single « classique »[+] NoteAussi appelé « disque compact ».X [2] est à terre : les ventes ont chuté de 44 % entre 2012 et 2011, tandis que l'acquisition de titres directement en ligne a progressé de 10,8 %.

Le secteur avait prédit ce naufrage, sans trop de difficultés, dès la mise en place des nouveaux outils de consommation de musique en ligne. Un des plus grands labels de l'industrie musicale, présent au niveau mondial, Mercury (Universal Music), a, il y a tout juste un an, précipité d'une certaine manière la réalisation du présage de mauvais augure, en annonçant qu'il stoppait sa production de CD 2 titres. Le disque compact pensé pour porter un titre phare était alors déjà bien loin de sa période faste des années 1990. Le label a pris bonne note d'un tournant constaté par les majors dès 2010, les ventes de titres en ligne devenant clairement, à partir de cette date, très supérieures aux ventes de CD simples physiques, pour arriver à une disproportion de l'ordre de 90 %-10 % au profit de la musique en ligne.

Pour l'ensemble du secteur, cette décision radicale de Mercury a pris une forte valeur symbolique, le label posant d'une certaine manière l'acte de décès officiel du CD 2 titres sur la table. Lorsque ce ne sont pas les labels qui jettent au rebus le single, ce sont les distributeurs qui, parfois, décident de ne pas faire de place dans leurs rayons. Ce n'est pas la direction qu'a choisie de prendre le géant de la distribution Walmart aux États-Unis. Et pour cause : sur le marché outre-Atlantique, le CD single montre des signes de relative bonne santé et fait, à ce titre, figure d'ovni. Selon des informations publiées le 23 février 2013 par le magazine Billboard, les labels américains sont décidés à porter à bout de bras le CD 2 titres et leurs efforts ne semblent pas vains. Pour continuer à séduire le consommateur, ils jouent volontiers la carte de la rareté en proposant des « faces B » inédites et de qualité. Ainsi, c'est Jimi Hendrix qui remportait la palme du single le plus vendu, la dernière semaine de février 2013, grâce à son titre Somewhere, astucieusement décliné en deux versions, l'une pour les chaînes Walmart, l'autre pour les réseaux de distribution indépendants, chacun des deux disques proposant une « face B » inédite, à même d'attirer fans et collectionneurs.

Les artistes « du moment » ne sont pas en reste, si l'on considère les très bonnes performances de la chanteuse Adele sur les ventes de son titre Skyfall, dont le single était classé numéro 2 des ventes, derrière Jimi Hendrix, la semaine du 18 février 2013. Si les titres les plus populaires ont du mal à faire vendre plus de 1 000 copies physiques par semaine, les labels américains croient en une politique intelligente autour du CD 2 titres : selon l'analyse livrée par Ed Christman pour Billboard, il ne s'agit pas de proposer un single pour chaque artiste à succès ou chaque titre très demandé sur le Web. La stratégie consiste à repérer quels morceaux peuvent être combinés avec une perle rare, lorsque la perle rare existe. Une manière de penser loin d'être si audacieuse : le regain d'intérêt inattendu pour le vinyle a prouvé plus que jamais que le consommateur, malgré les nouveaux outils modernes, continue de chasser plus que jamais l'objet de collection et l'inédit.

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  • 1. Le dérivé du 45 tours imaginé au temps du vinyle.
  • 2. Aussi appelé « disque compact ».
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