L'avenir de la musique indépendante est dans le numérique | InaGlobal

L'avenir de la musique indépendante est dans le numérique

Article  par  Céline ALARÇON  •  Publié le 14.06.2011  •  Mis à jour le 15.06.2011
[ACTUALITÉ] Les labels indépendants connaissent un succès croissant dans les charts au niveau mondial. Mais leur réussite se manifeste surtout sur le marché de la musique numérique.
Depuis plusieurs dizaines d’années, le marché de la musique est dominé par 4 groupes géants aux multiples ramifications qui s’étendent sur l’ensemble du globe : Universal Music[+][1], Sony Music Entertainment, Warner Music Group et EMI. Ces « majors » représentent aujourd’hui à elles seules 71,7 % des ventes de productions musicales dans le monde. A côté d’elles, les labels indépendants produisent des artistes qui refusent de s’y associer ou dont le travail a été rejeté par ces dernières. Ils représentent ensemble 25 à 35 % des ventes de musique en ligne, mais la plupart sont loin de disposer des moyens financiers des 4 groupes ; il leur est donc plus difficile d’assurer à leurs artistes une promotion d’envergure et de les faire au grand public.
 
Pourtant, le label Merlin, basé à Londres et créé en 2007 au Midem de Cannes, est déjà appelé « the virtual fifth major » et montre que le marché doit aussi compter avec les indépendants. Cette organisation à but non lucratif représente des milliers d’artistes indépendants venus de 25 pays du monde, dont les plus connus sont Arcade Fire, Vampire Weekend ou encore Adele. Son objectif est de gérer collectivement l'exploitation commerciale[+] NoteIl est difficile pour un auteur de contrôler toutes les utilisations de ses œuvres. En effet, un auteur ne peut contacter tous les médias et négocier avec eux, de même une station de radio ou de TV (avec une diffusion moyenne de 60 000 œuvres musicales par an) ne peut pas contacter tous les auteurs dont elle veut obtenir les autorisations. Le rôle des sociétés de gestion collective est donc de négocier des tarifs au nom de leurs membres, délivrer des autorisations de diffusion, percevoir et redistribuer les redevances aux ayants droit. Cf. le site de l'OMPIX [2] de ses artistes au niveau international afin d’avoir plus de poids dans les négociations avec les acheteurs. Mais le label entend également aider ses artistes à recevoir des revenus supplémentaires liés à la distribution de leurs œuvres sur les nouveaux canaux digitaux : ventes de titres en ligne à l’acte ou par abonnement, streaming
 
Au premier trimestre 2011, Merlin a dévoilé les résultats d’une étude portant sur la place des artistes indépendants sur le marché de la musique. Elle montre qu’ils sont de plus en plus présents dans les classements des meilleures ventes d’albums : entre janvier 2010 et mars 2011, environ 50 albums indépendants ont été classés dans des tops 5 à travers le monde, dont 18 classés numéro 1. Ainsi Arcade Fire a été numéro 1 aux États-Unis et a reçu le prix du meilleur album aux Grammy Awards, devant Lady Gaga et Katy Perry. Charles Caldas, PDG de Merlin, a ainsi pu réaffirmer le rôle essentiel joué par ces artistes dans l’économie de la musique : « le succès de nos artistes dans les classements des ventes souligne le fait que le répertoire indépendant a absolument autant de valeur pour les consommateurs que celui de nos concurrents principaux ».
 
Mais l’étude va plus loin et montre qu’aux États-Unis, les ventes en ligne des albums des artistes indépendants ont été supérieures de 58 % par rapport aux ventes physiques dans le domaine[+] NoteCD, DVD musicaux.X  en 2009-2010. L’évolution a été similaire pour le streaming, et au premier trimestre 2011 Merlin a recensé 750 000 diffusions de ses titres sur les plateformes de streaming avec lesquelles le label a des accords (Deezer, Spotify, Rhapsody…). Le label note également que la part de marché des indépendants dans le streaming gratuit est de 10,5 % contre 12,5 % dans le premium payant : cela incite à penser que les personnes prêtes à payer pour du streaming sont plus susceptibles d’écouter des artistes indépendants que les autres.
 
Ce poids des indépendants dans les canaux digitaux peut s’expliquer par l’égalité de traitement des artistes sur Internet : qu’il ait signé chez une major ou chez un petit label, n’importe quel artiste peut être écouté sur la Toile. Rich Bengloff, président de l’American Association of Independent Music (A2IM), a ainsi declaré le 16 mars 2011 au Festival South by Southwest (SXSW) à Austin : « Nous n’avons plus besoin de nous inquiéter au sujet de l’espace réservé aux labels indépendants chez les disquaires puisque la musique numérique couvre désormais 40 % du marché. Et on ne se préoccupe plus non plus des diffusions radio puisque tout est disponible sur la Toile[+] NoteLes labels restent les intermédiaires pour les diffusions radio, mais celles-ci prennent moins d'importance car les fans peuvent aussi trouver les morceaux sur Internet. X [3]. Alors qu’auparavant les fans de musique indépendante ne trouvaient souvent les albums de leurs artistes préférés que chez des disquaires spécialisés, ils peuvent à présent les écouter à volonté sur des plateformes de streaming.
 
De plus, la dimension sociale des plateformes de streaming, plus forte que la dimension éditoriale joue en faveur des indépendants. Lors d’une table ronde du Festival SXSW présidée par Kevin Arnold, fondateur du distributeur numérique de musique indépendante IODA, Jeffrey Remedios (président de Arts & Crafts Productions) et Delphine Trefeil (responsable du Digital chez Because Music) ont insisté sur les bénéfices de services permettant aux utilisateurs de créer leurs propres playlists et de les partager avec leurs amis, de dire s’ils ont aimé un titre ou non, de faire des recommandations aux autres internautes et de laisser des commentaires après avoir écouté des morceaux. Le décalage entre les majors, qui ont les ressources nécessaires pour de grandes campagnes marketing, et les indépendants s’efface : sur le Web, un titre peut « faire le buzz » simplement parce que quelques fans le recommandent à leur réseau. Et le rapport Merlin a montré que les fans de musique indépendante, peut-être plus soucieux de soutenir leurs artistes, sont prêts à payer pour écouter leurs albums, ce qui aide les petits labels à tenir le coup.
 
L’avenir de la musique indépendante semble donc être dans le numérique. La croissance de certains services numériques tels que The Orchard, un agrégateur numérique américain qui distribue plusieurs centaines de labels indépendants sur les plateformes en ligne dans le monde, devenu rentable en 2011, confirme cette tendance. Et cela ne semble pas prêt de s’arrêter à l’heure où Google lance son propre service de streaming sans accord de licence avec les majors mais avec la collaboration des labels indépendants.
 
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Crédit photo : Flickr / kk+
  • 1. Devenue Sony BMG Entertainment en 2004.
  • 2. Il est difficile pour un auteur de contrôler toutes les utilisations de ses œuvres. En effet, un auteur ne peut contacter tous les médias et négocier avec eux, de même une station de radio ou de TV (avec une diffusion moyenne de 60 000 œuvres musicales par an) ne peut pas contacter tous les auteurs dont elle veut obtenir les autorisations. Le rôle des sociétés de gestion collective est donc de négocier des tarifs au nom de leurs membres, délivrer des autorisations de diffusion, percevoir et redistribuer les redevances aux ayants droit. Cf. le site de l'OMPI
  • 3. Les labels restent les intermédiaires pour les diffusions radio, mais celles-ci prennent moins d'importance car les fans peuvent aussi trouver les morceaux sur Internet.
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