Google Music, nouvelle étape vers un "Googlemart"

Article  par  Julia COULIBALY  •  Publié le 01.12.2011  •  Mis à jour le 05.12.2011
[ACTUALITÉ] Le 16 novembre 2011, Google annonçait le lancement de Google Music, sa plateforme de musique en ligne. Uniquement accessible depuis les États-Unis, elle devrait être étendue au reste du monde prochainement.
Google Music est un ensemble de services d’achat, de gestion et de stockage de musique en ligne. Il offre à l’utilisateur la possibilité de se constituer une discographie virtuelle, d’y accéder à partir de n’importe quel support, et de la partager.
 
Pour constituer le catalogue de sa boutique digitale, la firme de Mountain View a signé des accords avec trois des quatre principales maisons de disques mondiales – Universal, EMI, et Sony Music – ainsi qu’avec un certain nombre de labels indépendants. 13 millions de chansons seront donc disponibles prochainement, téléchargeables pour un prix allant de 60 cents à 1,29 dollars. Google promet de proposer certains titres en exclusivité, d’autres seront gratuits. L’internaute pourra également stocker ses propres MP3 sur le « nuage » (un serveur Google) et y avoir accès depuis n’importe quel appareil. Par ailleurs, à l’instar de Myspace ou de Bandcamp, Google a prévu un service destiné aux artistes indépendants, « Artist Hub », afin qu’ils puissent vendre directement leur musique sur le site, au prix de leur choix. Les frais d’inscription s’élèvent à 25 dollars et Google prélève 30 % sur les ventes réalisées. Enfin, les titres achetés peuvent être partagés via le réseau social Google +, et être écoutés en intégralité, une fois, par les membres du réseau de l’utilisateur. Cette fonctionnalité fait écho au partenariat entre Facebook et Spotify. Récemment lancé aux États-Unis, le logiciel de streaming suédois vient de passer la barre des 2,5 millions d’abonnés.
 
 

Flickr; Jeff Hester


Le lancement de Google Music intervient dans une période de croissance d’un marché de la musique en ligne caractérisé par la domination d’iTunes (environ 66 % de parts de marché en 2010) et, dans une moindre mesure, d’Amazon Music (plus de 13 %). Les acteurs y sont nombreux, offrent des services variés et fonctionnent sur des modèles économiques différents : abonnements ou téléchargements, streaming gratuit ou payant, etc. L’intégration de Google Music au sein de ce marché suit une stratégie relativement simple. Elle consiste à proposer un catalogue riche (bien que moins important que celui d’iTunes qui compte environ 20 millions de titres et inclut Warner Music dans ses partenariats) grâce à ses divers partenariats, une plateforme complète s’intégrant à l’écosystème développé par Google, et un modèle ouvert qui tranche avec la philosophie de fermeture d’Apple.
 
Pour Mountain View, l’enjeu est clairement de concurrencer Apple et de soutenir le développement d’Android, son système d’exploitation pour smartphone. À cet égard, Google Music présente un certain nombre d’avantages par rapport à iTunes. En premier lieu, l’intégration à Google + : selon Zeus Kerravala, analyste chez ZK Research, c’est un facteur clé dans l’éventuelle réussite de la plateforme : « iTunes, c’est de la musique. Google Music, c’est de la musique sociale. » Deuxièmement, la fonctionnalité « Artist Hub » évoquée plus haut. Enfin, le stockage des 20 000 premiers titres est gratuit, alors que celui récemment proposé par Apple via iTunes dans le Cloud et iTunes Match est payant. Pour le journaliste Justin Fritz, Google Music ne menace pas l’hégémonie d’iTunes sur le marché de la musique en ligne. En revanche, il écrit : « Maintenant que Google a élevé le niveau, cela montre au moins aux consommateurs qu’ils n’ont pas besoin d’avoir un iPhone pour profiter d’une expérience musicale unifiée. » En effet, au-delà de la rivalité entre Google et Apple dans le secteur de la musique numérique, se joue une autre bataille, plus acharnée, sur le marché des smartphones. Avec Google Music, Google souhaite renforcer la pertinence d’Android face à l’iOS.

 
"Google Music Artist Hub" video/ Google Music Official Youtube Channel
 
Jordan Weissmann souligne d’ailleurs que Google Music n’est pas révolutionnaire et n’a pas l’ambition de l’être. Selon lui, la plateforme entre dans une stratégie encore plus globale : une stratégie de l’omniprésence, que l’on retrouve chez les cinq grandes firmes qui dominent Internet (aux côtés de Google : Apple, Microsoft, Amazon et Facebook). Jordan Weissmann affirme  que « Google n’essaie pas de gagner en étant meilleur. Il essaie de gagner simplement en étant . ». Il poursuit : « Google croît dans presque toutes les directions. Il est présent dans les réseaux sociaux avec Google +, les systèmes d’exploitation avec Android, la vidéo avec YouTube, le shopping avec Google Product Search, la bureautique avec Google Docs, etc., etc. Il veut posséder le Web comme Walmart possède la vente au détail. Il veut être GoogleMart.» Le lancement en septembre dernier de Google Wallet, une application de paiement mobile sans contact basée sur la technologie NFC[+] NoteLa NFC (Near Field Communication), pour communication en champ proche, est une technologie de communication sans-fil à courte portée et haute fréquence, permettant l'échange d'informations entre périphériques. La NFC peut-être intégrée aux smartphone comme solution de paiement mobile. En France, elle est déployée dans neuf villes pilotes depuis janvier 2011 sous le label Citizy.X [1], confirme cette idée. Dans cette logique, Google Music ne représenterait alors qu’une étape supplémentaire vers une intégration complète des solutions de la firme dans la vie numérique de l’internaute.
  • 1. La NFC (Near Field Communication), pour communication en champ proche, est une technologie de communication sans-fil à courte portée et haute fréquence, permettant l'échange d'informations entre périphériques. La NFC peut-être intégrée aux smartphone comme solution de paiement mobile. En France, elle est déployée dans neuf villes pilotes depuis janvier 2011 sous le label Citizy.
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