Google fait monter les enchères sur le front de la musique

Article  par  Nadia ELMRABET  •  Publié le 25.10.2011  •  Mis à jour le 26.10.2011
Music is money for Google
[ACTUALITÉ] YouTube, la plateforme leader d’hébergement et de streaming vidéo, lance un service de téléchargement de musique, de vente de tickets de concert et de merchandising. Avec ces nouveaux services, Google peaufine sa stratégie dans le secteur de la musique.
Avec 125 millions d’utilisateurs par mois et des milliards d’abonnés, YouTube, rachetée par Google en 2006 pour 1,76 milliard de dollar, accélère le pas vers la monétisation. En effet, la plateforme a annoncé le 16 octobre 2011, avoir signé des partenariats avec plusieurs acteurs – Topsin, Songkick - spécialisés dans les boutiques musicales en ligne (vente de billets de concert, merchansing). Par ailleurs, Amazon et iTunes figurent dans la liste de ces nouveaux partenaires malgré le fait qu’Apple représente toujours un concurrent de taille pour Google.

Depuis 2008, Google cherche à trouver des moyens de jongler entre son modèle initiale de plateforme ouverte, avec une « offre » gratuite de contenus, et la grogne des ayants droits qui cherchent à promouvoir et monétiser la présence de leurs contenus sur YouTube. La chaîne VEVO entre par exemple dans cette logique : elle naît d’un accord entre Google et les grandes majors de l’industrie musicale ainsi que la société émiratie Abu Dhabi Media Company pour proposer des clips vidéo en haute définition. Cette plateforme vidéo réservée à la région nord-américaine depuis 2009 (restriction de certains contenus), est aujourd’hui sur le point d’être transposée en Europe.

Comme l’expliquait Mashable, l’un des premiers sites à avoir communiqué l’information sur cette boutique d’offre globale en ligne, le Merch Store ouvrira ses portes au niveau international dans les semaines à venir. Sur le blog YouTube, Christian Weitenberner, responsable technique de la plateforme, précise qu’il s’agit aussi de « transformer la relation entre les artistes et YouTube : non pas seulement comme une voie de diffusion additionnelle de leurs clips vidéo, mais comme principale destination sur le Web, un peu comme MySpace au début des années 2000 ».


Crédit : Mashable

L’approche globale du Merch Store s’inscrit dans la continuité des récents projets mis en place pour diversifier l’activité et développer une offre légale et financièrement viable. Il s’agit d’aller jusqu’à la production de contenu et surtout d’améliorer l’expérience utilisateur : ainsi, en mai 2011, YouTube lançait un service de VOD pour concurrencer iTunes, Amazon et surtout Netflix, le géant de la location en streaming. Pour un prix allant de 3 à 4 dollars par vidéo à la demande, la plateforme peine cependant à concurrencer Netflix qui bénéficie non seulement d’une bibliothèque de 20 000 titres mais surtout d’un business model basé sur un abonnement à 8 dollars par mois permettant un visionnage illimité. La logique n’est cependant pas la même : là où des acteurs comme Netflix propose un service de transactions de biens numérisés, YouTube veut rester un lieu de flânerie numérique, d’où une refonte de l’interface pour un meilleur système de classement et de recommandation par les utilisateurs. Capitalisant sur les communautés de fans et leur appétit insatiable de bonus, de contenus de coulisse et participatifs (concours, reprises et remix), YouTube espère que la transition vers des biens et services additionnels payants se fera naturellement en promouvant l’achat de titres numériques à l’unité en un clic, d’objets exclusifs liés aux artistes et d’une proposition événementielle qui devrait s’étoffer de visionnage en direct de concerts (comme les salles de concerts virtuelles).

Enfin, le Merch Store comprend un dispositif pour faire émerger de nouveaux talents, le « Online Indie Label Signups ». Il s’agira de se calquer sur des acteurs tels que Vimeo, qui offre déjà des habillages sonores pour les vidéos des utilisateurs et un plan de financement sous licence commerciale limitée lorsque la vidéo a une visée marchande, ou le français Dailymotion avec sa bourse de 50 000 euros à destination des Motion Makers, afin de soutenir financièrement la création d’artistes indépendants.
 
Loin de s’en tenir là, Google a également de grands projets pour YouTube sur le segment mobile, notamment avec un service d’édition directe (WeVideo) en « nuage ». Dans la même logique et toujours sur le front du cloud computing, Google Music, en phase bêta et réservée aux États-Unis, propose un service de stockage et d’écoute en streaming. Le service permet aux utilisateurs d’accéder à leur musique quelle que soit leur localisation et l’appareil connecté utilisé (dont les appareils mobiles), à partir d’un stockage sur les serveurs Google.


Pour l’instant, quelques retours sur cette version bêta uniquement disponible sur invitation critiquent notamment un temps de chargement de la musique de l'utilisateur vers le "nuage" extrêmement long, et une promesse de retrouver sa musique où qu’on soit peut être un peu trop enthousiaste (restrictions géographiques). Ce qu’on sait aussi par ailleurs, c’est qu’en dehors de l’expérience utilisateur, les maisons de disque souhaitent d’ores et déjà renégocier leur part des royalties. Un eldorado sur le front de la propriété intellectuelle une nouvelle fois difficile à conquérir pour Google, en raison de la présence d’acteurs déjà bien implantés (iTunes, Spotify) et de freins liés à la question juridique et de la redistribution des profits.


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Crédits photo : illustration réalisée par la rédaction à partir des photographies suivantes :
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