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Emmanuel RUFI
Beyond Oblivion, un nouveau modèle économique pour la musique en ligne ?
Publié le 13/04/2011
à 11:07
à 11:07
Dernière mise à jour le 13/04/2011
à 11:07
à 11:07
"Beyond paid downloads, beyond subscriptions, and beyond piracy", voici le slogan du nouveau service multicanal d’écoute en ligne, Beyond Oblivion. Pour atteindre cet objectif, Adam Kidron, le PDG et fondateur de Beyond Oblivion, a annoncé dans un communiqué de presse avoir levé, le 8 mars 2011, un montant de 77 millions de dollars qui permettra de financer son lancement en Inde et en Malaisie en août 2011, et en Europe et aux États-Unis, entre les mois de septembre et novembre de la même année. À ce sujet, le Financial Times révèle que la start-up a choisi l’Inde et la Malaisie car « ces deux pays fournissent de nombreuses garanties de la part des fournisseurs d’accès et des fabricants d’appareils ». Rien qu’en Malaisie, Adam Kidron prévoit ainsi d’embarquer sa plateforme sur trois millions d’appareils.
Ce tour de table intervient un peu moins d’un an après l’entrée au capital de la société de News Corporation et Allen and Company, un fonds d’investissement américain, pour un montant de 10 millions de dollars. Comme en avril 2010, News Corporation a de nouveau organisé la levée de fonds, ce qui est un signe fort indiquant que la société de Rupert Murdoch croit au nouveau modèle économique développé par Beyond Oblivion. Son principal concurrent, Spotify avait augmenté, en février 2011, son capital de 100 millions de dollars apportés principalement par le fonds d’investissement russe DST. Cette somme, qui vient s’ajouter aux 82 millions de dollars déjà levés par la plateforme de streaming, doit servir au lancement de Spotify aux États-Unis, un lancement très redouté par Beyond Oblivion et News Corporation, et qui explique peut-être cette nouvelle augmentation de capital.
Beyond Oblivion, pour qui les 5 % de téléchargements légaux de titres musicaux ne doivent pas financer les 95 % de téléchargements illégaux, comme l’expliquait son fondateur au Financial Times en avril 2010, a développé un modèle économique de téléchargement et d’écoute en streaming non pas financé par les utilisateurs via l’abonnement ou l’achat à l’acte, mais par les fabricants d’appareils (lecteurs MP3, téléphones mobiles, PC) qui paient une licence en échange de l’installation du logiciel sur leurs produits. Adam Kidron pense que cela permettra de « faire payer tout le monde un peu, plutôt que de faire payer 5 % des gens beaucoup » et cela devrait permettre à l’industrie du disque de « faire disparaître le téléchargement illégal » et de relancer l’industrie musicale et la création.
La start-up s’occupe ensuite de reverser pour chaque écoute une commission aux ayants droit, et aussi bien pour une écoute en streaming ou depuis la bibliothèque personnelle de l’utilisateur. Dans ce second cas, il y a reversement sans savoir si le titre a été initialement téléchargé légalement ou illégalement, ce qui permet de rétablir les royalties des ayants droit sur les titres téléchargés illégalement par le passé. Dans son entretien au Guardian, Adam Kidron confiait ainsi que 70 % à 90 % du chiffre d’affaires de Beyond Oblivion sera redistribué aux ayants droit car « après tout ils sont l’énergie vitale du système ». Cette stratégie répond aux attentes des majors du disque qui s’étaient indignées, en février 2011, des commissions « microscopiques » qui leur sont versées par Spotify en Europe.
Basé sur un système de cloud computing, le service doit permettre à ses utilisateurs d’avoir accès à leur musique quel que soit le support utilisé, à condition que celui-ci détienne la licence d’utilisation de la plateforme. L’utilisateur pourra ainsi écouter en streaming ou télécharger un large choix de titres dont ceux des catalogues des majors (Universal, Warner Music, Sony et EMI), avec qui des négociations sont « à un stade très avancé », d’après les déclarations d’Adam Kidron. L’utilisateur pourra aussi importer ses propres musiques et les partager avec les autres utilisateurs.
Cette stratégie vise à créer ce qu’Adam Kidron a appelé « un marché libéré de la musique » avec cinq objectifs clairs :
- faire disparaître le concept de téléchargement illégal ;
- permettre le partage libre des fichiers musicaux ;
- arrêter la publicité intrusive ;
- rééquilibrer la rétribution de la création et le coût pour l’utilisateur ;
- permettre le téléchargement libre sur une bibliothèque globale partagée par tous les licenciés de la plateforme.
Le dernier principe rappelle cependant le modèle de DRM[+] NoteDigital Rights Management
[1], qui a pour objectif de contrôler l'utilisation qui est faite des œuvres numériques par des mesures techniques de protection testées par le passé sur divers supports, dont le CD, et que l’industrie du disque a rapidement abandonné. Pour protéger la valeur de ses licences tout en permettant le téléchargement des titres par ses clients (pour pouvoir permettre l’écoute offline), Beyond Oblivion devra ainsi ajouter aux titres qui émanent de sa plateforme des DRM, afin d’empêcher que ces titres puissent être écoutés sur un appareil non pourvu de la licence. Cette technique est également celle utilisée par des acteurs comme Spotify ou Deezer, pour permettre l’écoute offline à leur clients premium.Si le lancement de Beyond Oblivion est très attendu, c’est autant pour découvrir ce nouveau concept à l’œuvre que pour vérifier si les ambitions affichées par son fondateur sont réalisables. En effet, lorsqu’Adam Kidron s’engage auprès des maisons de disques à garantir le versement de 500 millions de dollars de royalties, on ne peut que mettre en perspective ce chiffre avec celui du chiffre d’affaires 2010 de Spotify estimé à 134 millions de dollars par le blog américain Giga Om à partir de documents internes à l’entreprise.
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Crédit photo : craigCloutier / Flickr
- 1. Digital Rights Management
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