Apple, Amazon, Google : la bataille de la musique dans les nuages

Article  par  Erwan LE GAL  •  Publié le 09.05.2011  •  Mis à jour le 13.05.2011
[ACTUALITÉ] Les différentes annonces d’acteurs majeurs du Web concernant la mise en place de services de musique en ligne laissent entrevoir de nouveaux modèles économiques et modes de consommation pour l’industrie de la musique.
Après Amazon, Google a annoncé le 10 mai 2011 le lancement de son service de cloud musical, Music Beta, et Apple serait lui sur le point de lancer un service similaire. Le « nuage »[+] NoteTraduction littérale de "cloud".X [1] permet aux internautes de stocker leurs fichiers multimédias en ligne puis d’y accéder et de les lire en streaming quand ils veulent, où qu’ils soient, depuis n’importe quel appareil connecté à Internet (smartphone, tablette, etc.).

Google Music Beta permet aux utilisateurs de stocker en ligne leur collection musicale afin de pouvoir l’écouter partout, même hors connexion, sur Internet ou sur tout appareil équipé de l’application « music » sous Android. Le service est pour l'instant uniquement accessible sur invitation avec une limitation de 20 000 titres et réservé aux internautes américains. Google Music Beta permet ainsi de garder ses playlists synchronisées automatiquement entre différents appareils et « de ne plus s’embêter avec des histoires de câbles, de transferts de fichiers ou de limites de stockage ». À l’heure actuelle, le service n’offre pas la possibilité d’acheter de la musique en ligne.

Cette annonce intervient après le lancement par Amazon, fin mars 2011, de Cloud Drive. Ce service de stockage et de lecture de musique en ligne offre un espace gratuit de 5 Go sur lequel les utilisateurs peuvent stocker les fichiers MP3 achetés sur le site d’e-commerce, puis les écouter en streaming depuis n'importe quel ordinateur ou téléphone sous Android.

Pourtant le cloud pose encore de nombreuses questions juridiques. Plusieurs maisons de disque, dont Sony, ont ainsi menacé de poursuivre Cloud Drive. Mais Amazon se retranche derrière son statut d’hébergeur. Contrairement aux premiers « jukebox » comme Napster, apparus il y a une dizaine d’années avant d’être condamnés, l’entreprise fondée par Jeff Bezos affirme que son « casier numérique » ne nécessite pas la signature de nouvelles licences, et relève donc du régime de la copie privée (fair use). Une position résumée par Amazon dans une lettre adressée aux principaux labels musicaux : « Le Cloud Player est une application qui permet à ses utilisateurs de gérer et de jouer leur musique, à l’instar de Windows Media Player ou de nombreux autres logiciels. Il ne nécessite pas plus de licence auprès des propriétaires de contenus que ces applications. C’est aussi simple que cela. »

De la même façon, Google, qui était pourtant en négociation depuis plusieurs années avec les principaux acteurs de l’industrie du disque, a finalement décidé de passer outre l’accord des majors. « Deux maisons de disques majeures ont été moins concentrées sur l'innovation et davantage sur le fait d'exiger des conditions commerciales déraisonnables et insoutenables », a accusé Zahavah Levine, directrice des partenariats de contenus de Google, dans le magazine Billboard.

Depuis le rachat par Apple en 2009 de Lala, un service spécialisé dans le streaming musical (intégré depuis au sein d’iTunes), les géants du Web se livrent une bataille pour le contrôle du marché des plateformes digitales dans le cloud à travers lesquelles les internautes accéderont demain à tous leurs contenus multimédias en ligne (musique, vidéos...). Selon plusieurs sources, Apple serait également sur le point d’autoriser les utilisateurs d’iTunes à héberger leurs morceaux sur un serveur en ligne puis à accéder à leur bibliothèque musicale depuis tous leurs appareils mobiles comme l’iPhone ou l’iPad. Mais avant que le service soit lancé, Apple doit encore négocier de nouveaux accords commerciaux avec les ayants droits et les principaux labels musicaux.

L’engouement pour le cloud musical n’est pourtant pas nouveau. En 2000, Michael Robertson lançait, via le site MP3.com, le service My.MP3.com, qui permettait aux internautes d’authentifier leurs CDs en ligne avant de pouvoir les écouter en streaming. Poursuivi par l’industrie du disque pour violation du copyright, le service fut fermé quelques mois plus tard.

Aujourd'hui, les moyens d'écouter de la musique en mobilité ont explosé. À l’image des longues batailles précédentes autour des formats multimédias (CD, MP3, DVD…), l’enjeu pour les acteurs du Web comme Apple, Google, Amazon, Spotify et les autres est désormais de savoir qui deviendra le nouveau standard du cloud musical pour les mélomanes souhaitant écouter leur musique quand et où ils le souhaitent, sur une large gamme d'appareils différents.

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Image : illustration Google Music Beta.
  • 1. Traduction littérale de "cloud".
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