Rachat de Gaikai : Sony investit dans le cloud gaming

Article  par  Vincent SARRAZIN  •  Publié le 10.07.2012  •  Mis à jour le 11.07.2012
[ACTUALITÉ] En annonçant le rachat de la plate-forme Gaikai, le constructeur Sony se donne les moyens d’opérer un important virage dans sa stratégie vidéoludique grâce aux techniques du cloud gaming.
Alors que durant l’E3 2012, Sony fut avare d’annonces en ce qui concerne sa prochaine console de salon, le constructeur n’a pas ménagé la surprise des professionnels en annonçant, le 30 juin 2012, le rachat de la plate-forme Gaikai. Négociée pour 380 millions de dollars, la vente de Gaikai concrétise les ambitions de son créateur David Perry : s’imposer sur le marché du cloud gaming NotePratique des jeux en streaming calculés sur un serveur distant sans calcul effectué sur la machine de l’utilisateur.X  NotePratique des jeux en streaming calculés sur un serveur distant sans calcul effectué sur la machine de l’utilisateurX [1].

Tandis que son principal concurrent et pionnier du secteur, OnLive, propose des jeux en vente sur sa plate-forme à l’image d’un distributeur en ligne classique, le positionnement de Gaikai se situe à la croisée des stratégies des fournisseurs de services et des vitrines publicitaires. Si aucun jeu n’est proposé à la vente sur la plate-forme (présente sur Facebook depuis le mois d’avril 2012), elle propose avant tout d’essayer des démos gratuites de jeux[+] NoteConsidérées comme le premier facteur motivant l’achat d’un jeu selon l’étude menée par Gaikai auprès de 20.000 joueurs.X [3] NoteConsidérées comme le premier facteur motivant l’achat d’un jeu selon l’étude menée par Gaikai auprès de 20.000 joueurs.X [4]. L’accès à ces démonstrations étant instantané (puisque la technique du cloud gaming permet l’utilisation directe d’une application sans temps de chargement), l’absence de friction pour le consommateur apparaît comme un atout indéniable pour la vente des produits, réalisée ensuite par les éditeurs. Car l’utilisateur qui souhaite acquérir un jeu après l’avoir essayé sur la plate-forme Gaikai ne peut procéder à la transaction que sur le site de la compagnie éditrice du jeu : un modèle qui laisse les éditeurs au premier plan et leur réserve l’intégralité des bénéfices de la vente de leurs jeux. La compagnie Gaikai, quant à elle, est rétribuée sur la base du temps passé par les utilisateurs sur les démonstrations gratuites du site : un modèle innovant qui ménage les éditeurs tout en limitant le rôle de la plate-forme de cloud gaming.


La future Playstation 4 de Sony devrait permettre d’accéder à la plate-forme Gaikai, même si le constructeur est resté très discret jusqu’à présent sur sa future console de salon.

 Avec 300 centres de serveurs répartis dans le monde, Gaikai dispose d’une base technologique qui intéresse un nombre croissant de clients : après les grands éditeurs comme Ubisoft et Electronic Arts, et les distributeurs comme Wallmart, Sony est le premier consolier à investir dans la technologie du cloud gaming. Microsoft a toutefois immédiatement emboîté le pas à son concurrent en déclarant s’intéresser de très près aux services de jeux à la demande pour sa prochaine génération de consoles.

L’intérêt des consoliers pour le cloud gaming a de quoi surprendre quand on sait qu’ils seraient les principaux touchés par une généralisation de cette technologie. En effet,disponible sur un très grand nombre de supports, les jeux en cloud gaming ont la particularité de ne nécessiter aucun matériel coûteux pour fonctionner, la rapidité de la connexion Internet étant la condition principale d’utilisation du service. Pour un constructeur comme Sony dont le positionnement haut de gamme a toujours été assumé sur le marché des consoles[+] NoteSony se positionne dans le haut de gamme avec des prix supérieurs à ceux de la concurrence et une mise en valeur de la qualité du matériel sur ses consoles de salon comme sur les portables.X [5], le rachat d’une plate-forme de cloud gaming semble contre-instinctif. Il témoigne en réalité d’un renouveau de la stratégie de Sony déjà esquissé depuis quelques temps : celui de la convergence entre les produits de la firme, que le président de la division jeux du groupe décrivait comme une « neutralité hardware ». La plate-forme Gaikai pourrait ainsi apparaître comme un outil à l’interconnexion des différents périphériques Sony (des smartphones aux ordinateurs en passant par les Smart TV), permettant de jouer aux mêmes applications sur tous ces supports tout en gardant ses sauvegardes et son profil de jeu. Un pari ambitieux pour l'entreprise japonaise, qui proposerait un important renouveau pour l’industrie du jeu vidéo tout en mettant (probablement) au placard les activités de consolier haut de gamme de la firme.
 
Sony pourrait ainsi être amené à valoriser ses Smart TV ou à transformer ses consoles de jeux en boîtiers multimédias avec le risque de subir sur ce nouveau marché la concurrence des FAI : nombreux sont les fournisseurs proposant désormais des box aptes à profiter des fonctionnalités du cloud gaming. Les français Free, Bouygues et SFR ont tous trois signé des accords avec des plate-formes de cloud gaming au cours des dernières années afin d’intégrer ces fonctionnalités dans leurs boîtiers. Un accord qui pourrait, grâce à la démocratisation du cloud gaming, amener à la formation d'un nouveau marché hautement concurrentiel.
 
En 2011, malgré les évolutions du secteur, les consoliers dominent toujours le marché des jeux vidéo en générant plus de 62 % des revenues de l’industrie vidéoludique. Face à un marché du cloud gaming toujours embryonaire[+] NoteLe marché du cloud gaming ne représente qu’environs 80$ millions annuels par rapport à un marché du jeu vidéo qui en pèse 52$ milliards, et est toujours bridé par la vitesse moyenne – largement insuffisante – des connexions.X [6], les constructeurs ont au moins une nouvelle génération de consoles devant eux avant de devoir se résoudre à modifier en profondeur leur activité de consoliers au profit du cloud gaming.

 
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Crédits photos :
- Image principale : Joo0ey / flickr
- Stand Playstation 3 : Niall Kennedy / flickr
  • 1. Pratique des jeux en streaming calculés sur un serveur distant sans calcul effectué sur la machine de l’utilisateur
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  • 3. Considérées comme le premier facteur motivant l’achat d’un jeu selon l’étude menée par Gaikai auprès de 20.000 joueurs.
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  • 5. Sony se positionne dans le haut de gamme avec des prix supérieurs à ceux de la concurrence et une mise en valeur de la qualité du matériel sur ses consoles de salon comme sur les portables.
  • 6. Le marché du cloud gaming ne représente qu’environs 80$ millions annuels par rapport à un marché du jeu vidéo qui en pèse 52$ milliards, et est toujours bridé par la vitesse moyenne – largement insuffisante – des connexions.
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