L’éditeur Square Enix dans la tourmente

Article  par  Vincent SARRAZIN  •  Publié le 21.11.2012  •  Mis à jour le 21.11.2012
[ACTUALITÉ] Avec la publication de résultats annuels très décevants, le géant des jeux japonais semble avoir du mal à remonter la pente face aux superproductions occidentales.

« La fusion de Square et d’Enix a été un fiasco total […] Il n’y a aucun plan pour le futur ». C’est par ces âpres paroles que l’ancien PDG de Square Co. (démis de ses fonctions peu avant la fusion avec Enix en 2003) a commenté les mauvais résultats de l’éditeur pour l’année 2012. Car avec  5,5 milliards de yens de perte (54 millions d’euros), les indicateurs de l’éditeur sont dans le rouge et présagent un futur délicat pour la compagnie. Des résultats à mettre sur le compte, selon le porte-parole de Square Enix, de la baisse du marché de l’arcade au Japon et surtout de l’échec de Sleeping Dogs. Sorti en août 2012, le dernier jeu à gros budget de la compagnie n’a ainsi écoulé qu’1,5 million d’exemplaires en quelques mois de commercialisation; un chiffre supérieur à ceux des autres jeux de la société pour l’année écoulée, mais bien inférieur aux productions phares du secteur[+] NoteÀ titre de comparaison, le poids lourd d’Activision Blizzard Call of duty : Modern Warfare 3 a écoulé 9 millions d’exemplaires pour sa première journée de commercialisation en Novembre 2011X [1], là où le jeu aurait dû se positionner comme un produit majeur pour Square Enix.


Après les ventes décevantes de Sleeping Dogs, Square Enix compte sur la sortie de Hitman : Absolution pour redynamiser ses ventes.

Un coup dur pour la société qui accumule les ratés depuis le début des années 2000 ; la fusion de 2003 - largement conditionnée par le gouffre commercial du film de Square Co. Final Fantasy, les créatures de l’esprit en 2001- n’ayant pas réussi à créer le géant du jeu japonais initialement prévu. Les vieilles licences détenues par les deux firmes (dont les séries à succès des années 1990 Final Fantasy et Dragon Quest) ne portent plus, dominées dans leur genre traditionnel (le jeu de rôle) par les superproductions occidentales et apparaissant aujourd’hui comme désuètes. Un constat qui était pourtant au cœur de la fusion de 2003, la firme ayant affirmé vouloir se concentrer sur un marché occidental devenu « une question de survie pour les éditeurs ». Mais malgré le rachat de l’éditeur britannique Eidos Interactive en 2009 (propriétaire des licences à succès Tomb Raider et Hitman) et la délocalisation d’une grande partie de la production des jeux Square Enix vers l’Occident, la société japonaise n’a pas réussi sa transition et reste aujourd’hui tiraillée entre un difficile contexte international dominé par quelques géants et les importantes mutations d’un marché intérieur japonais en pleine crise.
 
La situation actuelle de Square Enix n’est pas exceptionnelle dans un contexte très incertain, d’autres compagnies majeures comme Konami et Nintendo semblant lui emboiter le pas en ce qui concerne les mauvais résultats financiers. Car le marché japonais, traditionnellement tourné vers les consoles de salon, voit la crise de son modèle prendre de l’ampleur à mesure que la consommation nationale, longtemps moteur de l’industrie, se tourne vers de nouveaux produits : au Japon plus que dans le monde, le jeu mobile devient le secteur principal de l’industrie des jeux vidéo, dominant de loin les consoles de salon dans le top des ventes de jeux. Un secteur dans lequel Square Enix ne parvient pas à s’imposer, avec des jeux au prix bien trop élevés (autour de 20 €) qui détonnent sur un marché des jeux mobile où le free-to-play est roi. Un échec de plus pour la firme japonaise qui table sur la sortie de son prochain jeu à gros budget Hitman : Absolution fin novembre 2012 pour remonter une pente qui s’annonce bien raide.
 
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Crédits photos :
- Image principale : Square Enix Show Case par jpellgen / flickr
- Hitman Absolution E3 Trailer / Youtube (capture d'écran)

  • 1. À titre de comparaison, le poids lourd d’Activision Blizzard Call of duty : Modern Warfare 3 a écoulé 9 millions d’exemplaires pour sa première journée de commercialisation en Novembre 2011
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