Diablo III, un jeu à gros budget au secours d’une industrie morose ? | InaGlobal

Diablo III, un jeu à gros budget au secours d’une industrie morose ?

Article  par  Vincent SARRAZIN  •  Publié le 30.05.2012  •  Mis à jour le 31.05.2012
[ACTUALITÉ] Dernière création du célèbre studio Blizzard Entertainment, le jeu « Diablo III » figure d’ores et déjà au rang de succès commercial. Un produit phare au sein d’une industrie dont la croissance en berne masque d’importantes mutations.
Dans la nuit du 14 au 15 mai 2012, plus de 8 000 magasins du monde entier ont proposé des soirées spéciales de lancement pour la sortie de Diablo III : du Canada à la Corée du sud, l’arrivée du nouvel opus de la série Diablo a fait figure d’évènement dans le monde du jeu vidéo PC. En clôturant une attente longue de 12 ans (puisque le précédent volet date de l’année 2000), en donnant suite à une série dont le succès est indiscutable, le dernier-né de la compagnie Blizzard Entertainment était certain de trouver son public. Les premiers retours se sont révélés au-delà des expectatives du développeur, en réalisant le meilleur lancement de tous les temps pour un jeu pc : 3,5 millions d’exemplaires vendus dans la première journée de commercialisation et 6,3 millions à l’issue de la première semaine.

Une performance incontestable, mais pas exceptionnelle pour le développeur californien Blizzard dont la réputation de hit maker n’est plus à démontrer. Considéré comme l’un des principaux fondateurs des jeux de stratégie en temps réel avec Warcraft (1994), le studio n’a eu de cesse de produire des succès critiques et commerciaux avec ses séries Starcraft,Warcraft et Diablo, tout en continuant depuis 2004 à engranger les bénéfices des abonnements à son jeu phare World of Warcraft, plus important succès de l’histoire pour un jeu en ligne massivement multijoueur[+] NoteAprès avoir culminé à 12 millions d’abonnés en 2010, le jeu semble cependant être entré dans une phase de déclin après 8 ans de mise en service, avec 10,2 millions d’abonnés en février 2012.X [1].

L’image de marque du studio fut d’ailleurs utilisée par la firme Activision, qui décide en 2007 d’accoler le nom de son développeur phare à celui de l’éditeur, formant le groupe Activision Blizzard. Contrairement aux normes de l’industrie qui voient depuis quelques années la prédominance des jeux multi-supports (commercialisés à la fois sur pc et consoles), le développeur Blizzard reste calqué sur le modèle qui a fait son succès depuis les années 1990 : la sortie de jeux exclusivement sur micro-ordinateurs (pc et mac) sans adaptation consoles. Car si le marché des jeux PC est aujourd’hui un incroyable vivier en ce qui concerne les jeux indépendants à petits budgets (les frais de développement et de commercialisation des jeux sur ordinateurs étant inférieurs à ceux de leurs homologues consoles), les grands éditeurs concentrent le plus souvent leurs efforts sur le marché des jeux consoles où les ventes sont bien plus importantes et le téléchargement illégal marginal. Parmi les 100 jeux les plus vendus en 2011, seuls 5 sont des titres PC, le premier d’entre eux étant le jeu Skyrim qui occupe la 45e place du classement avec 1,7 millions d’exemplaires vendus. Les versions Xbox 360 et PS3 du même jeu se sont écoulées respectivement à 4,9 et 2,9 millions d’exemplaire. Peu d’éditeurs se risquent encore aujourd’hui à développer des jeux AAA[+] NoteOn parle de jeux AAA pour qualifier les plus gros produits commercialisés chaque année, aux coûts de développement et de marketing les plus importants. Des séries comme Call of Duty et Grand Theft Auto sont emblématiques de cette appellation.X [2] exclusifs au marché PC, et Blizzard entertainment fait figure d’exception en la matière au sein de l’industrie des jeux vidéo.

Blizzard Entertainment n’a pas lésiné sur les moyens pour faire de Diablo III,
un succès grâce à un développement entamé dès 2001.

La sortie de Diablo III vient dynamiser une année 2012 qui se montre résolument modeste en ce qui concerne la sortie de titres à gros budget. Avec le vieillissement de la génération de consoles actuelles (les consoles de salon les plus récentes sont sorties en 2005/2006 et ne devraient pas être remplacées avant 2013, alors que la génération de consoles précédente avait duré moins de 5 ans), les limitations techniques se font de plus en plus importantes, tandis que la chute des vente de consoles de salon se répercute sur celle des jeux – la Wii étant la plus touchée et la PS3 la plus épargnée–.

Comparaison des ventes de consoles entre 2011 et 2012 (chiffres prenant en compte les quatre premiers mois de chaque année) (source : VGChartz)
 
Dans une industrie qui privilégie la sortie de jeux AAA en multisupports, la morosité du marché des consoles ne peut faire figure de bonne nouvelle. D’autant que les chiffres des ventes de jeux en magasins se sont montrés, depuis le début de l’année 2012, très décevants, avec une baisse globale des ventes de l’ordre de 26 % par rapport à l’année précédente (malgré la sortie du blockbuster Mass Effect 3 début mars). Sur les trois premiers mois de l’année 2012, le total des dépenses réalisées en achat de jeux s’élevait à 585 millions de dollars, contre 790 millions l’année précédente sur la même période.  Après des années de forte croissance, l’industrie du jeu vidéo serait-elle victime de la crise et condamnée à la réduction de son activité ? Non, car le secteur reste en croissance (+9 % sur l’année 2011) grâce à de nouveaux secteurs d’activités, qui représentent aujourd’hui autant d’alternatives face aux faibles ventes de jeux en magasins. La vente de jeux dématérialisés en ligne sur PC et téléphones mobiles, les transactions et contrats publicitaires au sein des jeux sociaux représentent aujourd’hui une manne de première envergure, qui n’est souvent pas comptabilisée dans les diagnostics du marasme apparent de l’industrie du jeu vidéo.
 

Marché mondial des jeux vidéo 2011-2015 (prévisions) (source : AFJV)

Si le modèle des jeux AAA commercialisés en magasins ne semble pas encore sur le point de s’éteindre (l’année 2012 devrait être servie avec l’arrivée de grosses productions au succès prévisible comme Call of Duty : black ops 2, MaxPpayne 3, Darksiders 2 ou encore Assassin’s Creed 3), les grands éditeurs misent de plus en plus sur les nouveaux secteurs comme les jeux dématérialisés et sociaux. Quant au rythme de sortie des jeux AAA, nul doute qu’il devrait être grandement dynamisé par la prochaine génération de consoles dont la date de sortie n’a jusqu’ici pas été annoncée. 
 

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Crédits photos :
- Image principale : Diablo III.
  • 1. Après avoir culminé à 12 millions d’abonnés en 2010, le jeu semble cependant être entré dans une phase de déclin après 8 ans de mise en service, avec 10,2 millions d’abonnés en février 2012.
  • 2. On parle de jeux AAA pour qualifier les plus gros produits commercialisés chaque année, aux coûts de développement et de marketing les plus importants. Des séries comme Call of Duty et Grand Theft Auto sont emblématiques de cette appellation.
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