Une hausse du téléchargement illégal de livres depuis l’iPad ?

Article  par  Marc JAHJAH  •  Publié le 19.11.2010  •  Mis à jour le 22.11.2010

[ACTUALITÉ] Depuis le lancement de l’iPad en avril 2010, le téléchargement illégal de livres numériques aurait augmenté de 20 %, selon Attributor, société spécialisée dans la lutte anti-piratage.

Chaque jour, 1,5 à 3 millions de requêtes seraient réalisées par les internautes sur Google pour obtenir des e-Books piratés. Ces pratiques constituent une augmentation de 54 % par rapport à août 2009. L’Europe est encore épargnée par le piratage. L’essentiel des requêtes de téléchargement de livres numériques sur Google proviendrait en effet des États-Unis (11 %), de l’Inde (11 %) et du Mexique (5 %). Enfin, si le site d'hébergement de fichiers Rapidshare connaît un recul des demandes, les petits sites se multiplieraient, rendant la tâche des autorités chargées de les identifier plus difficiles.

Ces chiffres méritent cependant d’être nuancés. La société Attributor, qui a réalisé l’étude, est en effet connue pour ses solutions anti-piratage, qu’elle doit pouvoir vendre à ses clients comme Hachette, Macmillan et Kensington. Par ailleurs, sa méthodologie, fondée sur une évolution des mots-clés saisis sur Google, a été rapidement contestée. S’il existe, le téléchargement illégal de livres est en fait encore limité : « les téléchargeurs et uploaders les plus avertis n’ont aucune idée, ou une idée fausse, de l’offre illégale disponible sur les réseaux » note Mathias Daval, auteur d’une étude sur les Cyber-pirates pour le MOTif, l’observatoire du livre et de l'écrit en Île-de-France, et responsable du tout nouveau laboratoire sur le livre numérique. Mais il pourrait se développer, avec une adoption plus étendue des tablettes.
 
Les solutions proposées par Mathias Daval concernent notamment l’accroissement de la visibilité des catalogues des éditeurs par une prise en compte du référencement, le développement de l’offre légale, l’interopérabilité et la facilité d’achat (huit étapes sont aujourd’hui nécessaires pour acheter un livre sur le site de la Fnac). Par ailleurs, les éditeurs, distributeurs et constructeurs de tablettes pourraient proposer aux lecteurs de se connecter entre eux, pour favoriser une fidélisation de leurs outils et de leurs structures. Car aujourd’hui, « peu de plateformes utilisent des possibilités offertes par l’interactivité du web » remarque Mathias Daval dans une étude 2010 sur l’offre numérique légale en France. Sony, avec son Cercle Reader, Kobo ou Babélio, spécialisés dans l’animation communautaire, ont compris que la lecture était une expérience qui se partageait et que le livre qui la rendait possible à l’origine était devenu un premier point de contact à faire fructifier.
 
Des auteurs, comme Paolo Coelho, diffusent ainsi eux-mêmes, via les réseaux peer-to-peer, leurs propres ouvrages, conscients que les enjeux sont ailleurs : dans un retour sur investissement à long terme. La guerre contre les lecteurs, que la loi Hadopi pourrait mener, risque donc de priver l’édition d’un marché aux temps variés dont il reste à imaginer le modèle économique.

Crédit photo/Yutaka Tsutano/flickr
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