Livres numériques : le réveil français ?

Article  par  Marc JAHJAH  •  Publié le 27.10.2010  •  Mis à jour le 10.11.2010
[ACTUALITÉ] De nouvelles alliances entre des acteurs français et l'entrée sur la scène des e-Books de la Fnac viennent équilibrer un marché dominé par les géants américains.
Le 21 octobre, la Fnac présentait en conférence de presse le FnacBook, sa solution pour la lecture de livres numériques. Au même moment, France-Loisirs et Chapitre.com d’une part, Booken et ePagine d’autre part, annonçaient leur partenariat. Ces alliances entre des constructeurs et des diffuseurs, détenteurs de catalogues importants, nourrissent de grands espoirs. Jusque-là, la France pêchait soit par la pauvreté de ses catalogues, soit par des e-Readers peu adaptés à ces derniers. En assurant la compatibilité de catalogues importants, donc des formats, aux machines existantes, avec un travail réalisé en amont, les acteurs français viennent concurrencer une offre américaine de plus en plus séduisante.

Avec ses 80 000 références, la Fnac peut se vanter d’avoir un catalogue bien fourni, en constante évolution (+ 5 à 10 % par mois) qui puise aux sources de Numilog et d’ePagine. « C’est la première solution globale de lecture numérique en France » fait remarquer le PDG de la Fnac, Christophe Cuvillier. 15 000 livres seront disponibles, le reste étant constitué de documents PDF (petits essais et fascicules) et de 750 bandes dessinées. La Fnac vient ici directement concurrencer le Kindle Single, format court inventé par Amazon, qui vise à promouvoir les petits genres, articles et histoires, réclamés à la communauté des chercheurs, des écrivains et des hommes politiques.

Des applications du catalogue français seront déployées sur l’iPad et l’iPhone, dans une stratégie global média proche de celle d‘Amazon. À l’image de Barnes & Noble, la Fnac s'appuiera sur ses points de vente et sur un partenariat avec les boutiques SFR pour distribuer son FnacBook. Un kiosque numérique, prévu pour le premier trimestre 2011, diversifiera son offre et l’imposera peut-être comme un acteur majeur de la presse numérique.

Ce FnacBook devra cependant se montrer attractif, face à un iPad multimédia qu’Apple tente d’imposer comme le kiosque numérique par excellence. Si les caractéristiques du FnacBook (6 pouces, noir et blanc, 200 euros, connexion 3G sans abonnement) ne brillent pas par leurs innovations, elles font de lui un objet nomade, réactif et abordable. The Bookseller précise que le catalogue sera ouvert aux autres plateformes, excepté le Kindle, auquel il pourra cependant s’ouvrir avec l’accord d’Amazon. Le FnacBook bénéficie par ailleurs de la marque « Fnac » que l’entreprise sait entretenir grâce à sa relation client.


Cette
importante annonce fait suite à celle du groupe Bertelsmann (France Loisirs, Chapitre.com) qui tentera d’imposer son Oyo sur un marché français encore en gestation. Créé par la société allemande Thalia, vendu à 150 euros en version wifi dès le 28 octobre et doté d’un écran tactile de 6 pouces, le Oyo accèdera directement aux ressources de Chapitre.com, rapporte Actualitté. Son prix attractif, la facilité avec laquelle l’utilisateur pourra acheter des livres et la popularité des enseignes pourraient l’imposer sur le marché des livres ludiques et grands publics.

Connue pour ses Cybooks, la société Booken, acteur français historique et pionner dans l’aventure du livre numérique, a quant à elle annoncé un partenariat avec la plateforme ePagine qui fournira les Cybook Opus et Orizon. À l’inverse de l’offre de la Fnac, il s’agit ici « de [25000] livres numériques et pas d’un mélange avec des documents PDF » remarque le PDG de Booken.

Ces nouveaux accords marquent une entrée sérieuse des acteurs français dans le domaine des e-Books, inquiétés par le monopole de Google, Amazon et Apple et l’arrivée de constructeurs jusque-là étrangers au marché des e-Readers (Dell, Archos, Samsung). La multiplication des ventes de tablettes par dix d’ici 2014, selon les prévisions du cabinet Gartner, et une croissance importante du livre électronique (10 % du marché du livre en 2013) expliquent l’investissement des grands constructeurs.

Dans l’incertitude d’un marché encore en gestation, ils déploient leurs efforts dans toutes les directions (haut de gamme professionnel de RIM, ludique Galaxy Tab de Samsung, low cost austère d’Archos), de manière à y être présents au moment de son éclosion. Le 26 octobre, Barnes & Noble annonçait ainsi un Nook couleur, notamment destiné aux enfants. Mais Steve Jobs a peut-être freiné la diversification des formats le 21 octobre en mettant un terme aux rumeurs d’un iPad 7 pouces, jugé trop petit.

Un tel marché nécessite une réglementation. Une tribune signée par des acteurs majeurs de l’édition française [+] NoteLes présidents du Syndicat national de l’édition, la Société des gens de lettres et l’Association des bibliothécaires de France.X [1], publiée dans Le Monde du 19 octobre, en dessine les contours. Au modèle défendu par Amazon (le diffuseur fixe le prix de vente d’un livre), ils opposent notamment une fixation des prix assurés par les éditeurs auxquels tous les membres de la chaîne éditoriale doivent souscrire. « Avec une réglementation d'ensemble, on évite que le marché ne soit capté par une poignée de gros acteurs, comme Apple, Google ou Amazon » précise ainsi Benoît Bougerol, président du Syndicat de la librairie française.

Adoptée le 27 octobre 2010, la loi sur le prix unique du livre donne à l'éditeur la liberté de fixer ce prix. Défendu par Apple avec son modèle d'Agence, elle a cependant fait l'objet de mises en garde qui n'ont pas été entendues, et de critiques, notamment de la part d'Amazon et de Google, contraints d'y souscrire. Avec cette possibilité totalement laissée à l'éditeur, les prix en France risquent peu de baisser. C'est pourtant l'un des principaux freins à l'adoption des plateformes légales et à un marché qui aurait nécessité des mesures plus appropriées.







  • 1. Les présidents du Syndicat national de l’édition, la Société des gens de lettres et l’Association des bibliothécaires de France.
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