Auto-publication : Penguin montre la voie

Article  par  Karin DANJAUME  •  Publié le 30.01.2013  •  Mis à jour le 30.01.2013
[ACTUALITÉ] Penguin a annoncé la relance de son service d’auto-édition Book Country après quelques mois d’arrêt. Dans un secteur où les stratégies tardent à émerger, cette décision pourrait faire figure d’exemple.
Le géant Penguin, l’un des « Big Six » de l’édition dans le monde[+] NoteAvec Hachette, Random House, Harper Collins, Macmillian et Simon & Schuster.X [1], a annoncé, le 17 janvier 2013, la relance de Book Country, sa plateforme communautaire d’auteurs et d’auto-publication. Après un premier lancement fin 2011, le site avait été contraint de fermer en juin 2012 suite à de multiples problèmes liés notamment à la technique et à la rémunération des auteurs. Parmi les changements opérés, Book Country propose désormais la création gratuite d’ebooks et l’amélioration des outils de publication et de distribution (comme l’option de personnalisation des couvertures, l’optimisation pour les moteurs de recherche, l’insertion d’images, l’identification des erreurs de pagination etc.). En outre, les taux de rémunération des auteurs ont été revus à la hausse passant de 70 % à 85 % du prix net. Jusqu’à présent Book Country a attiré 5 800 auteurs actifs et recense 800 manuscrits.
 
Cet investissement de Penguin dans Book Country n’a rien d’étonnant. Depuis 2011, la société a en effet pris le virage du numérique dans le sillage de sa maison mère Pearson. En juillet 2012, peu après la fermeture temporaire de Book Country, Penguin rachetait pour 116 millions de dollars Author Solutions, Inc (ASI), un fournisseur de solutions techniques pour l’édition en ligne. En cinq années d’existence, ASI se targue d’avoir attiré 150 000 auteurs et publié 190 000 ouvrages[+] NoteAu format papier ou électronique.X [2]. Pourquoi ce rachat alors que les difficultés de Book Country mobilisaient déjà les ressources de Penguin ? John Makison, le PDG, expliquait alors : « Cette acquisition va permettre à Penguin de prendre pleinement part au secteur le plus dynamique de l’économie de l’édition et développer ainsi des compétences dans la captation de clients et l’analyse de données qui seront vitales pour notre avenir ». Alors que Book Country se positionne comme une communauté d’échanges sur les travaux des auteurs et une pépinière de talents pour les professionnels de l’édition, ASI offre en parallèle une multiplicité de services, qui, nous l’avons vu, sont au cœur de la refonte de Book Country.
 
Recherche de talents, services de plus en plus performants et meilleure rémunération des auteurs sont donc au cœur de la bataille que se livrent les plateformes d’auto-publication qui elles-mêmes intéressent fortement les maisons d’édition et les libraires. Enjeux de cette bataille pour les plateformes : la pérennisation d’un système et la plus grande souplesse possible dans la conversion des formats. Pour les maisons d’édition, c’est le même mot d’ordre qui règne. Dans un domaine en pleine mutation, parier sur le numérique c’est, non pas faire en sorte que tout le monde devienne écrivain (malgré le succès de 50 Shades of Grey), mais plutôt assurer la survie d’une activité en ne laissant pas entre les seules mains des mastodontes Amazon ou Apple la manne que représente ce marché. Le nerf de la guerre est certes technique mais il est aussi commercial et éditorial : comment tirer partie des 145 millions de tablettes et liseuses qui seront vendues en 2013 ? Tous ces futurs consommateurs ne deviendront peut-être pas des lecteurs de ebooks mais le chiffre est assez éloquent pour être pris en considération.

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Crédit photo : Andrew Mason / Flickr
  • 1. Avec Hachette, Random House, Harper Collins, Macmillian et Simon & Schuster.
  • 2. Au format papier ou électronique.
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