Amazon rachète The Book Depository | InaGlobal

Amazon rachète The Book Depository

Article  par  Marc JAHJAH  •  Publié le 15.07.2011  •  Mis à jour le 15.07.2011
[ACTUALITÉ] Amazon a annoncé le 4 juillet 2011 le rachat de son concurrent britannique, la librairie en ligne The Book Depository, pour renforcer sa visibilité à l’international.
Fondé en 2004, The Book Depository est le plus grand libraire en ligne du Royaume-Uni, fort d'un catalogue de 6 millions de titres vendus à l'international. La bonne santé de l’entreprise (5ème rang en 2008 de la Sunday Times Fast Track 100 pour un chiffre d’affaires estimé à 120 millions de livres sterling fin juin 2011 contre 69 millions en 2010) repose sur trois idées qui ont fait leurs preuves avec Amazon : l'envoi gratuit des commandes en 48 h, la vente de nombreux produits en petite quantité[+] NoteCf. le phénomène de la longue traîne : « Pour les livres à l’inventaire d’Amazon : la demande totale pour les articles peu demandés dépasse la demande totale des articles très demandés. La stratégie commerciale s'avère plus rentable que si elle tenait uniquement sur la vente de blockbusters. »X [1] et l’ouverture de son offre à une centaine de pays (extension qui représente trois quarts de son chiffre d’affaires en 2010) parmi lesquels l’Australie, qui apprécie le service pour ses frais de port gratuits (250 millions de dollars australiens seraient ainsi dépensés chaque année sur Amazon et The Book Depository).

Ainsi, jusque-là, The Book Depository, comme le remarque The Guardian, se présentait comme une alternative sérieuse à Amazon, qui avait fini par oublier son cœur de métier, en s’étendant toujours plus vers des secteurs étrangers au livre (jouets, vêtements, montres et bijoux, etc.). Mais avec le rachat du libraire britannique par le géant américain, annoncé le 4 juillet 2011 pour une somme officieusement évaluée à 100 millions de livres, tout porte à croire qu’Amazon souhaite réorganiser ses activités dans le domaine du livre en ligne et plus particulièrement en Australie et en Europe. Grâce à ses sites européens (en France, en Allemagne et même au Royaume-Uni), Amazon pourra en effet bénéficier d’une riche base de données (1 million de clients), se renforçant sur le vieux continent sans délaisser d’autres marchés potentiels.Pour concurrencer Google et Apple, le Washington Post imagine ainsi Amazon acquérir Flipkart, une importante librairie indienne en ligne, après le rachat de Abebooks, un regroupement de librairies indépendantes en ligne canadiennes. De son côté, The Book Depository souhaite accroître son catalogue et fournir de meilleurs outils à ses consommateurs, en s’appuyant sur ceux d’Amazon. À ses clients qui pourraient se montrer inquiets, le libraire répond sur son compte Twitter qu’il continuera ses activités en toute autonomie, même si son fondateur Andrew Crawford risque de perdre son poste fin 2012.

Face à de telles ambitions, la profession a rapidement réagi. Le 7 juillet 2011, l’Association des librairies du Royaume-Uni (Booksellers Association) a ainsi déclaré que l’acquisition de The Book Depositary allait constituer « un monopole » et qu’à terme, le risque était de voir les librairies devenir des « vitrines d’exposition pour les marchands en ligne » (ActuaLitté). Son directeur, Tim Godfray, a ainsi plaidé pour la reconnaissance des difficultés des libraires traditionnels, déjà menacés par les libraires en ligne, qui augmenteront avec un tel accord et limiteront, selon le Syndicat de la librairie française, contacté par Actualitté, la diversité. Depuis,The Office of Fair Trading, un organisme chargé de protéger les droits du consommateur et de réguler la concurrence, enquête pour déterminer s’il y abus de position dominante. Jusqu’au 18 juillet 2011, elle entendra ainsi les différentes plaintes.

La profession n’a pas été la seule à réagir négativement. The Guardian estime ainsi que la politique éditoriale d’Amazon, qui consiste notamment à supprimer de sa page d’accueil ce qu’elle juge inadapté au grand public (la littérature gay, lesbienne et féministe, par exemple), sera imposée à The Book Depositary. Pire : en 2009, Amazon avait retiré du Kindle de ses clients 1984 de George Orwell pour des questions de droits. L’affaire avait alors révélé la puissance technique de l’entreprise, capable de s’infiltrer dans les e-readers de ses utilisateurs pour menacer leur achat et l’acquisition définitive d’un bien. Ainsi, regrette The Guardian, The Book Depository « était pour beaucoup de lecteurs une alternative digne ».

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Crédit photo : capture d'écran de la page d'accueil de The Book Depository
  • 1. Cf. le phénomène de la longue traîne : « Pour les livres à l’inventaire d’Amazon : la demande totale pour les articles peu demandés dépasse la demande totale des articles très demandés. La stratégie commerciale s'avère plus rentable que si elle tenait uniquement sur la vente de blockbusters. »
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