StudioCanal, une major européenne qui met tout sur le tapis à Cannes

Article  par  Kevin PICCIAU  •  Publié le 22.05.2012  •  Mis à jour le 22.05.2012
[ACTUALITÉ] En vedette avec trois films projetés sur la Croisette, StudioCanal profite du 65ème Festival de Cannes pour présenter aux acheteurs internationaux le plus coûteux des films qu'il ait jamais produit. La filiale de Canal + pourrait bien avoir gagné le statut inespéré de « major européenne ».
Pour la 65ème édition du Festival de Cannes, qui se déroule du 16 au 27 mai 2012, StudioCanal, la filiale de production, d'acquisition et de distribution de films du groupe Canal +, est mise à l'honneur avec deux films en compétition officielle - dont Moonrise Kingdom, retenu pour ouvrir le festival - et un long-métrage d'animation, Ernest et Célestine, inscrit à la Quinzaine des réalisateurs.
 
Si StudioCanal est en vedette pour la partie la plus médiatisée de l'événement cannois, il est aussi et avant tout le poids lourd du Marché du Film, le rendez-vous des professionnels qui accompagne le festival. La société française présente aux acheteurs internationaux une vingtaine de films, ce qui en fait le plus grand acteur européen de cette édition 2012. Le Figaro,dans son édition du 13 mai 2012, annonçait avant l'heure un acteur qui serait « omniprésent » sur la Croisette et qui marquerait 2012 avec l’investissement, digne d’un studio américain, de quelque 200 millions d'euros dans le cinéma sur l'ensemble de l'année, permis en partie grâce à un accord avec le fonds Anton Capital, qui entre à 30 % dans le financement de tous les films StudioCanal.
 
Dans le détail de ce budget très conséquent pour une firme européenne du secteur cinématographique, un projet retient toutes les attentions : StudioCanal a accepté de s'associer à David Heyman, connu pour avoir porté les films Harry Potter, pour produire un long-métrage consacré à l'ours Paddington, le célèbre personnage de livres pour enfants créé par Michel Bond[+] NoteStudioCanal assurera par ailleurs la distribution du film en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, et gèrera l'ensemble des ventes à l'international.X [1]. Un investissement de 40 millions d'euros est prévu pour le film qui est présenté aux acheteurs internationaux sur le Marché du Film 2012 et qui se distingue, à cette heure, comme « le budget le plus cher de l'histoire [de StudioCanal] », selon les propres termes de son PDG, Olivier Courson, cité par Le Figaro.

Si le projet d'envergure que représente l'exploitation de la licence Paddington fait grand bruit, il ne devrait pas s'agir d'un cas isolé dans l'histoire de StudioCanal. La firme entend multiplier les projets de grands films d'animation et, plus largement, de grands films familiaux, pour des budgets compris entre 20 et 50 millions d'euros. Cette nouvelle orientation stratégique a été marquée d'une pierre blanche en 2010, avec le rachat par StudioCanal des studios nWave de Ben Stassen, spécialisés dans la 3D. C'est au sein des studios nWave que la filiale du groupe Canal + a forgé sa première réussite dans le domaine de l'animation, avec Le Voyage extraordinaire de Samy, qui a remporté un grand succès à l'international avec une recette totale de 75 millions de dollars, pour un budget de 21 millions[+] NoteLa suite des histoires de Samy la tortue est présentée aux acheteurs internationaux sur le Marché du Film 2012.X [2]. Avec un investissement deux fois plus important, le film consacré à Paddington semble annoncer un passage à la vitesse supérieure. En plaçant ses pions dans le domaine de l'animation, la filiale du groupe Canal + entend asseoir son statut de référence incontournable en matière de « cinéma indépendant haut de gamme et grand public », « un segment délaissé par les majors américaines et qu'aucune maison de production indépendante n'a préempté, faute de moyens »[+] NotePaule Gonzales, Le Figaro, édition du 13 mai 2012.X [3].
 
 
Bande-annonce Le voyage extraordinaire de Samy

Dans son rôle de distributeur, StudioCanal n'est pas en reste. En rachetant la société britannique Optimum Releasing en 2006 et le distributeur allemand Kinowelt en 2008, la firme française s'est donné les moyens de créer un grand label européen de la distribution cinéma, en étant présente sur les trois plus gros marchés de la zone Europe (la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, soit 60 % du marché européen). Si Optimum et Kinowelt ont continué à fonctionner de manière indépendante dans un premier temps, elles sont aujourd'hui entièrement intégrées sous le nom de StudioCanal. Le premier film sorti sur le nouveau label de StudioCanal, Tinker, Tailor, Soldier (La Taupe pour la version française), produit à hauteur de 30 millions de dollars, faisait partie des polars très attendus lors de la 68ème Mostra de Venise et fait à nouveau couler beaucoup d'encre à l'occasion du Festival de Cannes 2012. Le journaliste Romain Blondeau, dans Les Inrockuptibles du 1er septembre 2011, voyait là la relance du « vieux rêve de super studio européen », avec l'objectif de « produire des films à fort potentiel commercial destinés au marché mondial, et [de] concurrencer Hollywood sur son terrain ». L'idée n'est pas nouvelle : en 1979, PolyGram Filmed Entertainment avait été créé dans le but précis de faire vaciller le cinéma américain sur ses bases, mais la fragilité de son modèle économique avait conduit à son rachat, en 1998 par Universal Pictures, qui n'aura attendu qu'un an avant de mettre un point final à un projet considéré comme trop ambitieux. Pour le PDG de StudioCanal, la clé de la réussite consiste à maintenir le cap du film de genre tout en choisissant de porter des projets aux budgets de production élevés, à l'image des grands studios américains, pour des films suffisamment attractifs pour les marchés nationaux et facilement exportables.
 
En réussissant le pari de l'indépendance pour la gestion de l'ensemble de la chaîne du film, StudioCanal émerge comme une véritable major européenne, un spécimen que l'industrie du cinéma n'avait encore jamais vu prendre forme. Forte d'un chiffre d'affaires de 420 millions d'euros et d'une rentabilité de 14 %, et avec deux tiers de son activité réalisée à l'international, la filiale du groupe Canal + entend pousser un peu plus loin encore son alignement sur les grandes firmes américaines : StudioCanal investit depuis peu dans les séries internationales, un secteur sur lequel il ne devrait pas tarder à prendre – en Europe – la main.

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Crédits photos :
- Image principale : stand de Studiocanal au Festival de Cannes - Nivrae / Flickr
- Vidéo YouTube - Bande annonce du film Le voyage extraordinaire de Samy
  • 1. StudioCanal assurera par ailleurs la distribution du film en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, et gèrera l'ensemble des ventes à l'international.
  • 2. La suite des histoires de Samy la tortue est présentée aux acheteurs internationaux sur le Marché du Film 2012.
  • 3. Paule Gonzales, Le Figaro, édition du 13 mai 2012.
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