Les salles obscures en Inde : entre restructuration et réinvention

Article  par  Hélène LECUYER  •  Publié le 21.06.2012  •  Mis à jour le 22.06.2012
[ACTUALITÉ] Entre alliance et concurrence, le secteur indien des multiplexes continue à se développer rapidement. Le nombre de salles de cinéma sur le territoire devrait doubler d’ici 5 ans.

Le 15 juin 2012, les conseils d’administration de Inox Leisure et Fame Multiplex ont approuvé sur le principe la fusion de leurs deux sociétés, avec un rassemblement des deux marques sous la bannière Inox. Fort d’un parc de 257 salles, Inox détrônera alors Reliance Big Cinema, le leader actuel du secteur avec 252 salles sur le territoire indien. La fusion marquera la fin d’une bataille qui se prolonge depuis mars 2010, lorsqu’Inox Leisure acquit 43 % de Fame Multiplex pour un montant de 14,5 millions de dollars, tandis que Reliance lançait plusieurs contre-offensives hostiles.
 
Avec seulement 12 salles par million d’habitants (11 500 salles au total)[+] NoteAux États-Unis le ratio est de 131 salles par million d’habitant, en Europe 81 et en Chine 31 en 2011.X [1], l’Inde, premier producteur mondial de cinéma, reste très en retard, ce qui fait dire à Alok Tando, le CEO d’Inox Leisure, que les perspectives de développement dans le secteur des multiplexes sont immenses.
 
 Le premier multiplexe a vu le jour à Delhi en 1997. En expansion rapide, le secteur a plus que doublé sur les cinq dernières années et comporte désormais plus de 1 000 salles qui réalisent 25 % du chiffre d’affaires total du secteur (60 % pour les films en hindi). Son dynamisme est tel qu’il a entrainé un bouleversement des rapports de force entre les acteurs du marché, menant, au printemps 2009, à un conflit bras-de-fer et à la renégociation des partages de revenus entre distributeurs et exploitants. Outre Reliance Big Cinema, Inox Leisure et Fame Multiplex, les principaux acteurs sont PVR cinema et Cinemax, avec respectivement 162 et 138 écrans. Quant au mexicain Cinepolis, il a fait une entrée en fanfare sur le marché indien avec l’ouverture en 2011 du plus grand multiplex indien à Pune comportant 15 salles. Déjà présent dans sept villes indiennes, Cinepolis prévoit d’ouvrir 500 salles d’ici à 2016, et d’insistantes rumeurs sur le marché font part d’une alliance stratégique avec Reliance Big Cinema.

 
Les multiplexes ont contribué à ramener dans les salles obscures un public que les piètres conditions d’hygiène et l’absence d’entretien des mono-salles avaient découragé. Si le prix du ticket y est bien plus élevé (162 roupies en moyenne pour PVR cinemas, alors qu’on trouve encore des tickets à 10 roupies pour les mono-salles les plus populaires), il correspond au développement d’une classe moyenne urbaine au revenu disponible croissant, pour qui la sortie au cinéma du week-end est devenue un rituel familial. Des salles plus petites (avec une capacité de 150 à 300 places environ contre 500 à 1 000 dans les mono-salles), une programmation plus flexible permettent un taux d’occupation plus élevé (35 à 40 % contre 20 à 25 % dans les mono-salles) et une meilleure rentabilité. Enfin, la mise à disposition d’espaces de qualité grâce au développement des centres commerciaux contribue à l’expansion rapide du secteur.
 
L’essor des multiplexes est une bonne nouvelle pour le cinéma de niche et le cinéma étranger. Grâce à la flexibilité offerte par les salles multiples, les exploitants peuvent expérimenter et proposer au public des films qui ne pouvaient pas trouver leur public dans une mono-salle de 1 000 places.
 
Il ne faudrait pourtant pas en conclure que la mort des mono-salles est annoncée. D’abord, les disparités régionales sont fortes. L’Inde du Sud, par exemple, reste fermée aux multiplexes et les 4 états du sud abritent 60 % des mono-salles du pays et seulement 10 % des multiplexes. L’essor du cinéma numérique devrait aussi accorder un répit aux cinémas mono-salles. Selon la société Real Image, plus de 3 000 salles indiennes seraient déjà équipées de la technologie numérique, permettant des réductions de coûts et une meilleure gestion logistique. Enfin, la tendance nouvelle est au développement des miniplexes[+] NoteCinémas à 2 écrans, offrant un confort équivalent à celui des multiplexes, air-conditionné, qualité des sièges pour un prix plus modeste.X [2]. Nécessitant un investissement plus léger, ils paraissent plus adaptés aux villes de 2e et surtout 3e tiers (les métropoles indiennes de taille plus modeste). La société K Sera Sera qui a ouvert le premier miniplexe du pays à Ahmedabad en 2010, a ainsi un ambitieux plan de développement basé sur un système de franchise. Forte actuellement de 200 salles, elle annonce 1 000 salles pour la fin de l’année 2012.

 
Les multiplexes contre-attaquent avec des plans toujours plus ambitieux et diversifient leurs sources de revenus. Au-delà de la projection des films, ils se transforment en véritables centres de loisir, comme PVR, qui offre désormais des pistes de bowling qui représentent 5 % de son chiffre d'affaires.
 
 
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Crédits photos :
- Image principale : site corporate Inox Leisure
- Projectionniste : Paul Keller, Flickr
- Bowling : site corporate PVR Bluo
 
  • 1. Aux États-Unis le ratio est de 131 salles par million d’habitant, en Europe 81 et en Chine 31 en 2011.
  • 2. Cinémas à 2 écrans, offrant un confort équivalent à celui des multiplexes, air-conditionné, qualité des sièges pour un prix plus modeste.
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