Les Balkans font leur cinéma au Sarajevo Film Festival

Article  par  Nicolas VAQUIER  •  Publié le 17.07.2012  •  Mis à jour le 18.07.2012
[ACTUALITÉ] Du 6 au 14 juillet 2012, la capitale bosnienne a accueilli son festival du film, événement majeur de l’industrie du cinéma dans les Balkans. L’occasion de faire un point sur l’état du septième art dans l’Europe du Sud-est.
En rassemblant quelque 100 000 participants et 210 films en provenance de 57 pays, Sarajevo s’affirme en 2012 comme une place forte du cinéma balkanique. Le Sarajevo Film Festival lancé en 1995 dans la ville assiégée, atteint 18 ans plus tard une certaine maturité. Boosté par la présence de la très médiatisée Angelina Jolie, venue présenter son premier film en tant que réalisatrice Au pays du sang et du miel (2011), et par l’assiduité de nombreuses célébrités, le festival a acquis visibilité internationale et crédibilité auprès des professionnels.


 Bande annonce du film Au pays du sang et du miel
 
L’industrie du cinéma s’est ainsi progressivement installée au cœur de Sarajevo avec plusieurs initiatives, dont le Cinelink. Le marché de la coproduction du festival, qui a fêté sa première décennie d’existence, a pour vocation de mettre le pied à l’étrier à une quinzaine de projets de films (17 cette année) développés par des cinéastes balkaniques et sélectionnés par le comité de sélection du festival. Les lauréats se voient offrir la possibilité de rencontrer producteurs et professionnels du cinéma, principalement des pays de l’Union Européenne, pour concrétiser leurs ébauches de films. La compétition officielle a également mis à l’honneur les coproductions, notamment allemandes, avec trois longs métrages et trois documentaires cofinancés par Berlin.
 
Le festival accueille enfin la quatrième édition de son Forum régional annuel, conférence réunissant une centaine de professionnels issus de 15 pays des Balkans, dédiée à l’évolution de l’industrie dans la région et à son intégration au marché mondial. Car le développement du cinéma des Balkans est récent et plutôt fragile. La région, encore troublée par les conflits armés il y a dix ans, a fait de réels progrès : depuis 2000, la production de films a doublé et la coproduction entre pays alors rivaux est devenue la norme. Les volontés politiques et culturelles ont en partie convergé : l’exemple de la Hongrie, qui a introduit en 2003 des plans d’incitations fiscales pour les tournages dans le pays et capté ainsi productions hollywoodiennes (comme le blockbuster Mission : Impossible – Protocole fantôme en 2011) et européennes (Astérix et Obélix : Au service de sa Majesté (2012) par exemple), a été largement suivi par les pays de l’ex-Yougoslavie. La Serbie a renforcé son industrie avec la création d’une Commission du film et l’introduction d’un crédit d’impôt, alors que le Centre du film serbe a engagé un vaste plan de réhabilitation des studios historiques de Avala, près de Belgrade, qui n’ont pas accueilli de caméras de tournage depuis l’an 2000.
 
La Croatie a également introduit en janvier 2012 un système d’incitations fiscales, qui a permis d’attirer le tournage sur ses terres de la série à succès Game of Thrones, et du biopic à venir sur Lady Diana Caught in flight. La Macédoine, un des plus petits États d’Europe, est parvenue en pleine crise économique à doubler ses financements publics pour le cinéma : son gouvernement attribue cinq millions de dollars par an au Fonds macédonien du film et a entériné la construction prochaine d’un nouveau studio près de Skopje.
 

Tournage de la série Game of Thrones en Croatie
 
Malgré ces avancées encourageantes, des difficultés structurelles et conjoncturelles continuent de menacer le septième art dans la région. Le cinéma roumain, en dépit de la consécration internationale qu’ont connu les réalisateurs dits de la nouvelle vague, rassemblés derrière Cristian Mungiu (récompensé de la Palme d’or à Cannes en 2007 pour son film 4 mois, 3 semaines, 2 jours), est en crise : le Centre national de la cinématographie du pays a vu son budget fondre de 9 millions d’euros en 2008 à 2,3 millions trois ans plus tard. Le financement public du cinéma albanais est à son plus bas niveau depuis 2005 et la production de films a été divisée de moitié en Bulgarie par manque de fonds. Le Kosovo ne possède pour sa part que deux écrans de cinéma, soit 400 places pour une population de près de deux millions d’habitants.
 
Le Cœur de Sarajevo, récompensant le meilleur film du festival, a été attribué au réalisateur roumain Radu Jude pour Tout le monde dans notre famille[+] NoteToata Lumea Din Familia Noastra.X [1] tandis que le turc Emin Alper a reçu le prix spécial du jury pour Derrière la colline[+] NoteTepenin Ardi.X [2]. Un ambitieux programme de financement régional soutenu par le Conseil régional de coopération a été annoncé en clôture du festival, signe d’une détermination commune qui devra toutefois se concrétiser au risque de laisser la diversité qui constitue le cinéma des Balkans au bord du chemin.

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Crédit photo :
- Image principale : helga tawil souri / Flickr
  • 1. Toata Lumea Din Familia Noastra.
  • 2. Tepenin Ardi.
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