Le cinéma en Corée du Sud, histoire d’une exception culturelle

Article  par  Jennifer ROUSSE-MARQUET  •  Publié le 13.09.2013  •  Mis à jour le 13.09.2013
De la propagande au Lion d’or de Venise, l’industrie du film en Corée du Sud a connu un destin singulier. Elle est aujourd’hui l’une des rares à résister à Hollywood sur son propre marché. 

Sommaire

L’engouement pour la K-pop a gagné l’Europe et les États-Unis, le clip Gangnam Style du chanteur sud-coréen PSY fut la première vidéo à franchir le milliard de vues sur YouTube en décembre 2012, les dramas s’exportent jusqu’au Moyen-Orient… La culture sud-coréenne semble définitivement en vogue en ce moment. Mais qu’en est-il du cinéma ?  
 
La Corée du Sud est l’un des rares pays où la part de marché des productions domestiques sur le marché local est supérieure à celle des films étrangers – notamment américains. L’engouement pour les films sud-coréens ne se limite pas aux frontières du pays : ceux-ci se distinguent également dans les festivals de cinéma  internationaux. En septembre 2012, Pietà du réalisateur sud-coréen Kim Ki-Duk s’est vu attribuer le Lion d’or au 69ème festival de Venise. Il est difficile de concevoir qu’il y a à peine 30 ans, l’industrie cinématographique sud-coréenne était dévastée par la stricte régulation du gouvernement : mise en place de quotas et de la censure. Comment l’industrie cinématographique sud-coréenne est-elle passée des films de propagande au Lion d’or de Venise ?  

Des kino-dramas aux films de propagande, 1919 – 1953

L’histoire de l’industrie cinématographique sud-coréenne est indissociable de l‘histoire du pays. L’occupation japonaise de 1903 à 1945, la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée entre 1950 et 1953, et surtout des années de politique répressive de la part du gouvernement militaire, sont autant d’évènements historiques et politiques majeurs qui ont affecté le développement de cette industrie.
 
The Righteous Revenge (Uirijok Gutu), un kino-drama produit en 1919, est considéré comme le tout premier film coréen : un film était projeté en arrière-plan, tandis que les acteurs jouaient l’histoire en direct sur scène. L’engouement pour les kino-dramas  a été de courte durée, supplantés entre autres par les films étrangers, et par les premiers films coréens muets. Le premier film muet remonte à 1923, et il faudra attente 1935 pour que le premier film coréen parlant voit le jour (Chunhyang-jeon). 
 
Entre 1926 et 1932, de petites sociétés indépendantes ont réussi à produire quelques films nationalistes. Cependant, les productions locales devaient faire face à des limitations techniques importantes.
 
Outre les contraintes techniques, tous les films – coréens comme étrangers – devaient préalablement être approuvés par le gouvernement colonial avant diffusion, et la police japonaise était présente lors des diffusions. Ces restrictions se sont aggravées dans les années 1930, période pendant laquelle furent surtout montés des films de propagande.
 
La distribution et la diffusion de films étaient alors exclusivement réservées aux Japonais, qui possédaient les salles de cinéma. Une seule salle appartenait à un Coréen : le Dangsonsa Theater, qui est à l’origine du film The Righteous Revenge en 1919. Quant aux profits générés par la diffusion des films, ils n’étaient pas réinjectés dans la production. La créativité et le développement du cinéma sud-coréen ont donc été extrêmement limités pendant cette période : seuls 157 films ont été produits durant la totalité de l’occupation japonaise. Pour finir, pas un seul film produit avant 1934 ne subsiste actuellement sous sa forme d’origine : tous ont été coupés, altérés, détruits ou mal archivés.
 
Sur les 30 films produits entre 1940 et 1945, 21 sont des films de propagande en faveur de l’armée japonaise et, en 1942, le gouvernement japonais est allé jusqu’à interdire les films en langue coréenne.
 
Sans surprise, très peu de films ont été produits pendant la période 1945-1953, soit de la fin de la Seconde Guerre mondiale à la fin de la guerre de Corée.
 


Nombre de films produits entre 1950 et 1959 en Corée
Source : Traces of Korean Cinema from 1945 to 1959 (2003), Korean Film Archive
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De l’âge d’or à la récession, 1953 – 1979

Au sortir de la guerre de Corée, la majorité des infrastructures cinématographiques ont été détruites et des années de répression du gouvernement colonial ont mis à genou l’industrie naissante du cinéma en Corée.
 
Dans le but de revitaliser l’industrie du film alors quasiment inexistante, Syngman Rhee, le premier président du pays (1948-1960) décide d’exempter l’industrie de toute imposition. Libérés de la règlementation gouvernementale, l’industrie du film redémarre : le nombre de films produits augmente rapidement et passe de 5 en 1950, à 111 en 1959. Les outils technologiques s’améliorant, les productions locales deviennent plus sophistiquées. C’est «  l’âge d’or » du cinéma coréen, période pendant laquelle vont notamment apparaître les premiers films de genre.
 
En 1955 sort Chunhyang-jon, qui peut être vu comme le premier blockbuster de Corée : en deux mois, 10 % de la population séoulite, soit 200 000 spectacteurs,  a vu le film, un chiffre impressionnant pour l’époque.
 
The Housemaid (Hanyo), de Kim Ki-Young, sorti en 1960, est considéré comme le film le plus important de cette période, et est toujours vu aujourd’hui comme «  l’un de meilleurs films coréens de tous les temps » (un remake de ce film est par ailleurs sorti en 2010). Dans ce thriller, une domestique séduit le maître de maison, dont elle tente par la suite de détruire la famille.
 
  Bande annonce du film Hanyo (1960)
 
Aimless Bullet (Obaltan) de Yu Hyun-mok (interdit lors de sa sortie initiale en 1961) est également un film majeur de cette époque. Situé en pleine période post-guerre de Corée, ce drame dépeint de manière réaliste la vie d’un comptable coréen qui peine à faire vivre sa famille et à trouver sa place dans une société en pleine mutation.
 
Extrait du film Obaltan (1960)
Mais cette période faste a pris fin brutalement en 1962 : suite au coup d’État militaire en 1961, et à la promulgation de la Motion Picture Law l’année suivante. En vertu de cette loi, un quota limite le nombre de films produits et importés en Corée du Sud. Le nombre de sociétés de production est également ramené de 71 à 16 en un an.  
 
Les films traitant de sujets jugés sensibles sont alors censurés. Les sujets en question incluent notamment le communisme, les films à caractère obscène, ou tout traitement susceptible de porter préjudice à l’image et à la dignité du pays. La faiblesse des scénarios mêlée à la mauvaise qualité des productions cinématographiques, ainsi que l’arrivée de la télévision dans les foyers entraînent une chute d’un tiers de la fréquentation des salles de cinéma entre 1969 et 1979.
 
En 1973, dans le but de dynamiser l’industrie locale, le gouvernement limite le nombre annuel de jours de diffusion sur les écrans des films importés. Le nombre de productions hollywoodiennes diffusées par an est donc strictement défini.
 
Il faudra attendre les années 1980 pour que le gouvernement assouplisse les régulations en vigueur et réduise son contrôle sur l’industrie du cinéma. Grâce à la révision de la Motion Picture Law en 1984, les productions indépendantes sont autorisées sous certaines conditions. Une nouvelle génération de producteurs fait alors son entrée dans le milieu du cinéma. 
 
Bien que la fréquentation des salles reste peu élevée pendant cette période, le cinéma sud-coréen commence à être reconnu au niveau international. En 1981, Mandala du réalisateur Im Kwon-Taek remporte le grand prix au Festival du film d'Hawaii, et en 1987, Kang Su-Yeon remporte le prix de la meilleure actrice à la Mostra de Venise pour son rôle dans Surrogate Mother. Elle remportera à nouveau en 1989 le prix de la meilleure actrice pour Come Come Come Upward d’Im Kwon-Taek, au Festival international du film de Moscou.
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Productions locales vs films étrangers

Suite à la pression des États-Unis sur le gouvernement coréen, la Motion Picture Law est révisée en 1984 puis 1986. L’importation de films étrangers est libéralisée et les sociétés étrangères sont autorisées à distribuer des films en direct, sans passer par des intervenants locaux, comme c’était le cas jusqu’à présent. Ces révisions ont eu un impact considérable sur la part de marché des productions nationales.
 
En 1988, les restrictions liées aux importations de films étrangers sont elles aussi levées, et les sociétés de films étrangères sont autorisées à ouvrir des filiales en Corée. Pour la première fois, les films coréens se retrouvent donc à armes égales avec les productions étrangères sur le territoire national. 
 
Les studios hollywoodiens commencent à ouvrir des branches en Corée du Sud. La première société à venir s’implanter est la United International Pictures (UIP) en mars 1988. Viendront ensuite Twentieth Century Fox en aout 1988, Warner Bros en 1989, Columbia Tristar en 1990 et Disney en 1993.
 
Lors de la diffusion des tout premiers films directement distribués par UIP[+] NoteLe premier film directement distribué par UIP en Corée est Fatal Attraction.X [1], des manifestations sont organisées par les professionnels de l'industrie et la presse sud-coréenne boycotte les encarts de publicité d’UIP. Les opposants aux films étrangers vont même jusqu’à lâcher des serpents (non venimeux) dans les salles de cinéma pour exprimer leur mécontentement face aux nouvelles lois.
 
Avant 1992, les importations de films étrangers et la vente de droits de diffusion aux réseaux de distribution régionaux (c’est-à-dire hors de la région de Séoul) étaient les seules sources de financement pour les producteurs, ce qui peut expliquer la violence des réactions des professionnels de l’industrie.

Avant la mise en place de ces accords, les distributeurs avaient l’autorisation d’importer un film étranger tous les 4 films coréens produits. Le profit généré par la distribution des films importés était ensuite réinjecté dans la production de films coréens. Cependant, en pratique, la plupart des distributeurs ont utilisé ces profits pour investir dans l’immobilier. Le quota de 1 film étranger pour 4 films coréens était atteint par la production de films coréens à moindre coût.  

Par conséquent, même avec le quota visant à protéger les productions nationales de la compétition étrangère, la mauvaise qualité de ces films à bas coût n’a laissé aucune chance à l’industrie nationale face aux blockbusters américains.

En 1993, toujours dans le but de protéger l’industrie nationale, une règlementation, établie dès 1963 (mais encore jamais appliquée), entre en vigueur, obligeant tous les cinémas du pays à diffuser au moins 146 jours par an des productions coréennes. Mais cela n’a pas empêché la baisse de parts de marché des films nationaux dans les années suivantes : celle-ci atteignait 16 % en 1993[+] Note16 % en termes de fréquentation, et 15,9 % en termes de recettes.X [2].  À la fin des années 1990, le nombre de films coréens sortis sur les écrans est 6 fois plus faible que le nombre de films étrangers (42 films coréens en 1999, contre 233 films étrangers, pour l’année 1999).

Parts de marché en termes d'admissions des films diffusés en Corée entre 1985 et 1993
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L’arrivée des chaebols

1992 marque l’année de la première participation d’un chaebol (ce sont les conglomérats sud-coréens) au financement d’un film. Samsung finance ainsi à hauteur de 25 % Marriage Story de Kim Ui-seok. Ce film s’est avéré être un véritable succès, attirant 526 000 personnes rien qu’à Seoul. À l’époque, il s’agit du troisième plus grand succès en salles de toute l’histoire du cinéma coréen. Une nouvelle source de financement des productions cinématographiques était née.
 
Daewoo and Hyundai font notamment partie des autres chaebols à s’être impliqués dans le milieu du cinéma au début des années 1990. Suite à la crise financière de 1997, de nombreux chaebols (dont Samsung) se sont cependant retirés de ce marché pour se recentrer sur leurs activités principales. Une seconde génération de conglomérats a alors fait son apparition dans l’industrie cinématographique, parmi lesquels CJ, Orion and Lotte. 
 
Les chaebols ont complètement transformé la structure de l’industrie du film en Corée, en s’organisant de manière verticale. Ces sociétés se sont impliquées dans tous les domaines de l’industrie : financement, production, diffusion, distribution, ventes internationales et sorties vidéo.
 
Ces poids lourds possèdent également de grandes chaînes nationales de multiplexes[+] NoteCJ Group détient CJ E&M, le plus grand investisseur et distributeur de Corée, ainsi que CGV, la plus grand chaîne de multiplexes . Pour sa part, Lotte Group possède la société d’investissement et de distribution Lotte Entertainment, ainsi que Lotte Cinema qui occupe le deuxième rang en nombre de salles de cinéma.X [3]. Le nombre d’écrans a également augmenté, passant de 588 en 1999, à 1 451 en 2004.

CJ, Orion et Lotte restent aujourd’hui les acteurs les plus importants de l’industrie cinématographique sud-coréenne, et représentent à eux trois 80 % du marché.  
 
Outre les chaebols, l’investissement des sociétés de capital-risque entre 1998 et 2005 dans la production cinématographique a également été important. Le gouvernement a lui aussi contribué à l’industrie nationale en participant à des fonds d‘investissement au début des années 2000, afin d’encourager d’autres acteurs à s’impliquer dans l’industrie cinématographique.
 
Plus tard, avec l’importance grandissante des nouveaux médias, les sociétés de télécommunications, et notamment les opérateurs de téléphonie, SK Telecom et KT, ont commencé à investir.
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Le KOFIC : un acteur incontournable au service du cinéma sud-coréen

Outre une participation à des fonds d’investissement, l’État coréen s’est doté d’une structure propre, destinée à promouvoir le cinéma sud-coréen. En effet, le Korean Film Council (KOFIC) a eu un rôle significatif dans la dynamisation et la protection de l’industrie cinématographie nationale. Lancée en 1999, cette organisation gouvernementale dans le but de soutenir et de promouvoir le cinéma sud-coréen sur le marché national et à l’étranger. Le KOFIC est dirigé par neuf commissaires nommés pour trois ans par le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme et la majorité d’entre eux sont des professionnels du milieu du cinéma.
 
Le KOFIC soutient l’industrie du film de diverses manières : bourse, subventions, soutien des activités de R&D, appui aux productions indépendantes et aux salles d’art et d’essai, soutien lors des festivals internationaux… De plus, le KOFIC sponsorise et organise des festivals, et publie des ouvrages en anglais[+] NoteKorean Cinema, Who's Who, Korean Cinema TodayX [4].
 
À l’étranger, le KOFIC appuie la sortie et la diffusion des productions coréennes dont les documentaires et les films d’animation. L’organisation gouvernementale a également mis en place une plateforme légale de distribution de contenus : The Ancillary Market Distribution Management System, et gère un site internet spécialisé dans les RP pour les films coréens, KoBiz.

Pour finir, le KOFIC propose aux sociétés étrangères souhaitant tourner en Corée une subvention couvrant 25 % des dépenses lors de la production liées aux biens et services The Foreign Audio-Visual Works Production Grant, et appuie les projets de coproductions sur la phase de développement. En 2012, le KOFIC a ainsi épaulé 33 coproductions entre la Corée et les États-Unis, la France, le Japon et la Chine.

Depuis juillet 2007, le KOFIC est en charge du Film Development Fund, qui joue un rôle capital dans la production cinématographique nationale.
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L’apogée des blockbusters coréens

À la fin des années 1990, la part de marché des films coréens sur le territoire national n’atteint que 25 %. Cependant, l’année 1999 marque un tournant décisif avec la sortie de Shiri. À la fois un succès financier et critique en Corée, Shiri[+] NoteOu Swiri, titre sous lequel le film est sorti en Corée du Sud.X [5] est l’un des premiers films d’action à gros budget : 8,5 millions de dollars dont une  partie fut financée par Samsung.
 
Hommage aux films d’actions asiatiques (notamment au cinéma d’action hongkongais) et aux films américains des années 1980, Shiri retrace la poursuite d’un assassin nord-coréen par deux agents du gouvernement sud-coréen. Lorsque les forces spéciales de la Corée du Nord volent une cargaison d’un liquide explosif et qu’ils menacent Séoul, les deux agents spéciaux tentent de les arrêter.  
Shiri a attiré 6,2 millions de spectateurs (2,4 millions de tickets ont été vendus rien qu’à Séoul), battant ainsi le record jusqu’alors détenu par Titanic avec 4,3 millions de spectateurs, et permet aux films coréens d’atteindre 39,7 % de parts de marché en 1999 (+ 58 % par rapport à l’année précédente).
 
Dans les années suivantes, le succès retentissant de films comme Joint Security Area en 2000  (5,8 millions de spectateurs) et Friend en 2001 (8,1 millions de spectateurs) permet aux films coréens d’atteindre une part de marché de 50,1 % en 2001, chiffre qui est depuis resté globalement stable.


Parts de marché en termes d'admissions des films diffusés entre 2000 et 2009

En 2003 et 2004, Silmido et Taegukgi : The Brotherhood of War sont les premiers films coréens à passer la barre des 10 millions d’entrées sur le marché domestique.

Classement des plus grands succès en salles en Corée du Sud (à la date du 7 avril 2013)
 
Afin de pouvoir se mesurer aux films américains, l’industrie sud-coréenne a mis l’accent sur la qualité des productions, en privilégiant les scénarios et en variant les genres. Avec de bons résultats puisque  le nombre de tickets vendus ainsi que les profits générés ont doublé entre 2001 et 2007.
 
Avec la popularité des dramas comme Winter Sonata, au niveau régional, la demande pour les films coréens  a augmenté. Par conséquent, lorsque les premières sociétés spécialisées dans les ventes internationales se sont lancées en 2000, les exportations de productions coréennes ont augmenté de façon exponentielle. Shiri  s’est également avéré extrêmement populaire en Asie, tout comme My Sassy Girl, April Snow, et A Moment to Remember.
C’est à cette époque que les films coréens sont devenus viables sur le plan commercial non seulement sur le marché domestique, mais également sur les marchés régionaux. Une nouvelle génération de réalisateurs - tels que Park Chang-Wook, Kim Ji-Woon, Kim Ki-Duk, Bong Joon-Ho, Hong Sang-Soo and Lee Chang-Dong - a commencé à se faire connaître en Europe et aux États-Unis.
 
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Reconnaissance du cinéma sud-coréen à l’international

La période entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000 est considérée comme une période de renaissance pour le cinéma sud-coréen, qui a commencé à obtenir une reconnaissance internationale.

Prix reçus par des films sud-coréens lors de compétitions internationales
entre 2002 et 2012

Les premiers festivals internationaux dédiés aux films voient également le jour à cette période. 
Le Festival international du film de Busan (BIFF), le premier de Corée, est lancé en 1996 afin de faire connaître de nouveaux réalisateurs asiatiques. 173 films de 31 pays sont présentés lors de cette première édition. En 2012, ce sont 304 films de 75 pays qui sont diffusés au BIFF, considéré comme le plus important festival international du film en Asie.
 
 
D’autres festivals internationaux majeurs ont lieu en Corée, dont le Festival international du film fantastique de Puchon (PiFan) lancé en 1997, et le Festival du film international de Jeonju (JIFF) lancé en 2000 et qui s’intéresse surtout aux films indépendants.
 
De plus, des distributeurs américains comme Warner Brothers, MGM et Dreamworks commencent à racheter les droits des films coréens à succès pour en faire des remakes. C’est le cas notamment des films Sympathy For Lady Vengeance (2005), The Host, Addiction (2002), My Sassy Girl (2001),  et A Tale of Two Sisters (2003).
 
À la même période, des acteurs coréens font leurs débuts à Hollywood : l’acteur Rain est choisi en 2008 pour un rôle dans Speed Racer, de Lana et Andy Wachowski, et décroche le rôle principal de Ninja Assassin de James McTeigue en 2009. L’actrice Jun Ji-hyun, elle, tourne dans Blood: The Last Vampire (2009), et l’acteur Jang Dong-gun dans The Warrior’s Way (2010). Ces films ont cependant été des échecs critiques et commerciaux.
 
Même s’il est pour l’instant cantonné à des rôles stéréotypés, l’acteur Lee Byung-Hun, une star en Corée du Sud, est l’un des rares acteurs qui semble avoir trouvé sa place à Hollywood. Il a fait ses débuts aux États-Unis dans le blockbuster G.I. Joe: The Rise of Cobra en 2009, et repris son rôle de Storm Shadow dans la suite de 2013 : G.I. Joe: Retaliation. Dans RED 2, dont la sortie est prévue en août 2013, il partage l’écran avec John Malkovich, Bruce Willis et Helen Mirren.

Enfin en 2012, la performance de l’actrice Bae Doo-Na dans Cloud Atlas[+][6] NoteFilm de Lana et Andy Wachowski avec entre autres Halle Berry, Tom Hanks, Hugh Grant et Hugo Weaving. X [7] a été encensée par la critique.

Bae Doo-Na dans Cloud Atlas et Lee Byung-Hun in GI Joe: Retaliation
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L'essoufflement de l’hallyu

En 2006, suite aux négociations de l’accord de libre-échange avec les États-Unis, le gouvernement sud-coréen décide de diminuer le contingent à l’écran établi en 1993, c’est-à-dire de réduire le nombre de jours pendant lesquels les salles de cinéma sud-coréennes sont tenues de diffuser des productions locales. Ce nombre est divisé par deux (73 au lieu de 146). Pour la plupart des professionnels du milieu du cinéma, ce contingent à l’écran est pourtant vu comme l’une des raisons principales du développement de l’industrie cinématographique nationale depuis 1998. C’est pourquoi la réduction du contingent de jours réservés à la production locale suscite des manifestations.
 
La même année, la vente des tickets rapporte le chiffre record de 954 millions de dollars, et la part de marché des films coréens atteint 64 %.
 
Attirées par la nouvelle rentabilité de l’industrie cinématographique, de nombreuses sociétés de production font leur entrée sur le marché. 100 films sont produits pour l’année 2006, d’une qualité très inégale.  
 
Les coûts de production ont également augmenté de manière drastique, ce qui a généré une baisse du retour sur investissement qui est passé de 41,5 % en 2001 à -24,5 % en 2006, et -45 % en 2007.
 
Par conséquent, les prix à l’export ont commencé à diminuer, et en 2006 les ventes à l’étranger ont enregistré une baisse de 70 % par rapport à l’année précédente. Les ventes au Japon ont pour leur part diminué de 83 %, entraînées par l’essoufflement de l’hallyu[+] NoteLa vague culturelle coréenne, dont l’engouement pour les dramas, la Kpop, le cinéma sud-coréen.X [8].
 
Cette période de stagnation a cependant pris fin en 2012, année record pour le cinéma sud-coréen.
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Un nouvel élan en 2012

195 millions de billets ont été vendus en 2012, soit une hausse de 22 % par rapport à l’année précédente : c’est le plus grand nombre de billets vendus en une année de toute l’histoire de l’industrie du film en Corée du Sud.
 
D’après le KOFIC, la part de marché des films coréens cette même année a atteint 58,8 %, et le retour sur investissement a atteint 13 %, soit la première année de surplus en sept ans. The Thieves et Masquerade ont été les deux plus gros succès de l’année, en attirant chacun plus de 10 millions de spectateurs.
Capture d'écran du film Masquerade (2012)

Les exportations de films coréens ont également augmenté de 8,4 % pour atteindre un total de 37,8 millions de dollars. C’est la première fois depuis 2008 que les exportations de films dépassent la barre des 20 millions de dollars.
 
En 2013, trois réalisateurs sud-coréens reconnus ont fait leurs débuts en langue anglaise : Park Chan-Wook avec Stoker, Kim-Ji Woon avec The Last Stand, et Bong Joon-Ho avec Snowpiercer.
 
Stoker est un drame familial qui dépeint la relation ambigüe entre India, une jeune fille de 18 ans qui vient de perdre son père, et de son oncle Charlie. Bien que Stoker soit un film en langue anglaise, avec Nicole Kidman, Mia Wasikowska et Matthew Goode en têtes d’affiche, le style très particulier de Park Chan-Wook (I’m a Cyborg but that’s OK, Old Boy, Lady Vengeance, Thirst) est facilement reconnaissable.  

 
 
Bande annonce du film Stoker de Park Chan-Wook
 
Park Chan-Wook produit également le très attendu Snowpiercer de Boon Joon-Ho (Memories of Murder, The Host, Mother)[+] NoteLes deux réalisateurs sont amis.X [9]. Ce film est une adaptation de la bande dessinée Le Transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, et réunit les comédiens Chris Evans, Song Kang-ho, Jamie Bell, John Hurt, Tilda Swinton, Octavia Spencer, et Ed Harris. Dans ce film de science-fiction, après qu’une ère glaciaire a totalement dévasté la planète, les derniers survivants sont enfermés dans le Snowpiercer, un train qui roule éternellement.
 
Dans The Last Stand, réalisé par Kim Ji-woon (The Good, The Bad and the Weird, A Tale of Two Sisters, A Bittersweet Life, I saw the devil), le shérif d’une petite ville et son équipe inexpérimentée tâchent d’empêcher la fuite du chef d’un cartel de la drogue au Mexique. Le rôle du shérif est tenu par la star des films d’action, Arnold Schwarzenegger.

 
 
  Bande annonce du film The Last Stand
 
Bien que Stoker ait reçu des critiques plutôt positives lors de sa sortie – le style et la photographie du film ont été particulièrement appréciés –, The Last Stand n’a pas réussi à convaincre les spectateurs, et a réalisé une performance décevante. Le film, au budget de 30 millions de dollars a rapporté 37,1 millions de dollars au box-office. Le week-end d’ouverture du film s’est avéré catastrophique.
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Un marché asphyxié par des grands groupes

L’industrie cinématographique sud-coréenne a connu une histoire mouvementée, régie par les aléas historiques et politiques du pays. Ces dernières années, le cinéma sud-coréen a commencé à être reconnu au niveau international, et certains acteurs et réalisateurs locaux se lancent même sur le marché hollywoodien.
 
Cependant, cette industrie reste contrôlée à 80 % par trois poids lourds – CJ, Lotte et Orion – , qui interviennent à toutes les étapes de création des films. Ces sociétés étant également impliquées dans la distribution, les productions indépendantes à petit budget peinent à exister sur le marché, les chaebols mettant naturellement en avant leurs productions.
 
Ce mode de fonctionnement présente un réel danger pour la créativité et la diversité du cinéma sud-coréen, qu’il convient de ne pas négliger.
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Références

Chi-Yun SHIN, Julian STRINGER, New Korean cinema, NYU Press, 2005

Eungjun MIN, Jinsook JOO, Han Ju KWAK, Korean Film: History, Resistance and Democratic Imagination, Greenwood Press, 2003

KOFIC,Korean Film Industry Guide 2005 - Korean Film Industry for Last 10 Years”, 2005
 
June-Kyoung PARK (Showbox), The Korean Film Industry, Dramatic Movement Over The Next Generation”.
 
Sung Kyung KIM, The Political Economy of the Korean Film Industry: Focusing on the Korean Blockbuster and the Dominance of Multiplex”, Sungkonghoe University / Institute for East Asian Studies, 2012

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Crédits photos :
Visuel principal : Jinsimcamp / Flickr
Bande annonce du film Hanyo (Cineasiefr / YouTube)
Extrait du film Obaltan (synarchici / YouTube)
Busan Film Festival (Jens-Olaf / Flickr)
Captures d'écran des films Cloud Atlas (MOVIECLIPS Trailers / YouTube) et G.I. JOE: RETALIATION (CBMTrailers / YouTube)
Capture d'écran du film Masquerade (CJEntertainmentUSA / YouTube)
Bande annonce du film Stoker (FilmsActuTrailers / YouTube)
Bande annonce du film The Last Stand (movieclipsTRAILERS / YouTube)
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  • 1. Le premier film directement distribué par UIP en Corée est Fatal Attraction.
  • 2. 16 % en termes de fréquentation, et 15,9 % en termes de recettes.
  • 3. CJ Group détient CJ E&M, le plus grand investisseur et distributeur de Corée, ainsi que CGV, la plus grand chaîne de multiplexes . Pour sa part, Lotte Group possède la société d’investissement et de distribution Lotte Entertainment, ainsi que Lotte Cinema qui occupe le deuxième rang en nombre de salles de cinéma.
  • 4. Korean Cinema, Who's Who, Korean Cinema Today
  • 5. Ou Swiri, titre sous lequel le film est sorti en Corée du Sud.
  • 6.
  • 7.
  • 8. La vague culturelle coréenne, dont l’engouement pour les dramas, la Kpop, le cinéma sud-coréen.
  • 9. Les deux réalisateurs sont amis.
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