Le cinéma 3D décolle dans les pays émergents

Article  par  Karl DEMYTTENAERE  •  Publié le 19.04.2013  •  Mis à jour le 17.05.2013
[ACTUALITÉ] Alors que le cinéma S-3D peine à s'imposer dans les salles d'Europe et d'Amérique du Nord, les films en relief connaissent un véritable engouement dans les pays émergents, Chine et Russie en tête.
Les publics américain et européen ont-ils une dent contre la S-3D[+] NoteL’appellation 3D était à l’origine réservée à la création et l’animation de modèles ou personnages tridimensionnels. Avec le retour du cinéma relief, c'est-à-dire de la stéréoscopie à la fin des années 1990, le symbole 3D s’est affublé d’un préfixe « S » pour stéréoscopie et est ainsi devenu « S-3D ».X[1]? Apparemment non, si on en croit la performance au box-office en avril 2013 de la version stéréoscopique de Jurassic Park. Le film de Steven Spielberg, à nouveau en salles vingt ans après sa première sortie, a atteint 20 millions de dollars de recettes.


Mais cette réussite fait plutôt figure d’exception aux États-Unis où les films en 3D stéréoscopique ne mobilisent plus les spectateurs[+] NoteLes producteurs américains ne se détournent toutefois pas complètement des versions stéréoscopiques. Au printemps 2013, quatre sorties majeures en relief sont à prévoir : The Great Gatsby (tourné directement en S-3D), Star Trek Into Darkness (tourné en 2D), Epic (film d’animation), Man of Steel (tourné en 2D).X [2], ceux-ci se montrant de plus en plus réticents à payer leurs billets 4 dollars plus cher pour assister à ce type de projection. À un point tel que l’agence Fitch Ratings prévoit en 2013 une baisse de la contribution des films en relief au box-office américain, une première depuis 2009, date à laquelle le format est devenu récurrent dans l’industrie cinématographique. Une tendance qui paraît se confirmer lorsqu’on observe à la loupe les chiffres de la Motion Pictures Association of America (MPAA) : le nombre de sorties de films S-3D aux États-Unis est passé de 45 à 36 entre 2011 et 2012. Après l’engouement initial et le raz-de-marée Avatar, ce format semble ainsi plutôt en perte de vitesse sur le marché américain. À l’image du film G.I Joe : Conspiration, produit par Paramount et qui a rapporté 41,2 millions de dollars aux États-Unis depuis sa sortie, mais dont seulement la moitié provient de la version stéréoscopique. À l’inverse, sur les marchés émergents, cette même version du dernier opus de la série G.I Joe a fait gagner au studio américain près de 80,3 millions de dollars.

Les studios en arrivent à cette conclusion : l’avenir de la S-3D semble se trouver au-delà des frontières des États-Unis. En Asie, sur les neuf écrans qui sont construits chaque jour, en moyenne six sont adaptés à l’une des technologies 3D. D’après l’IHS Screen Digest, le continent asiatique compte 8 815 salles 3D à ce jour, soit plus que sur l’ensemble du continent américain, États-Unis inclus[+] Note7 696 au total.X [3]. L’entreprise canadienne Imax l’a bien compris et a orienté sa stratégie sur ses marchés émergents en pleine croissance et porteurs de nombreuses promesses.

La Chine est devenue le deuxième marché mondial du film en mars 2013, se transformant ainsi en un terrain incontournable pour les studios hollywoodiens. Dans ce pays, les longs métrages en S-3D disposent d’un avantage non négligeable : ils permettent de court-circuiter le piratage. En effet, alors que les dernières grosses productions sont en général rapidement disponibles en copies illégales, la sortie sous format S-3D permet d’offrir aux spectateurs une expérience qu’ils ne pourront pas reproduire chez eux. C’est précisément cette « expérience exceptionnelle » que cherche le public chinois, qui doit débourser près de 16 dollars pour une séance en stéréoscopie, un prix supérieur aux tarifs pratiqués aux États-Unis.

En Russie, où le piratage est aussi un véritable fléau pour l’industrie du cinéma, la 3D s’est également installée dans le paysage culturel. Entre juin 2010 et juin 2012, le nombre de billets 3D vendus a explosé, avec une augmentation de 200 %. Parallèlement, entre 2011 et 2012, le nombre de salles équipées 3D a lui augmenté de 11 %. Ceci ne semble être qu’un début dans ce marché en pleine expansion, pesant déjà près d’1,3 milliard de dollars. En effet, en février 2013, le propriétaire de salles Karo Films a signé un contrat avec RealD[+] NoteRealD est une des technologies utilisées en 3D stéréoscopiques. Elle s’applique à des lunettes dites « actives » qui reçoivent un signal infrarouge (à 6 fois la cadence image) qui synchronise la projection de l’image œil Gauche ou Droit avec l’obturation de la lunette œil Gauche ou Droit.X [4] pour ouvrir 200 nouvelles salles équipées 3D dans toute la Russie.

Ce dynamisme suscite la convoitise des producteurs de la région, qui refusent de laisser les blockbusters hollywoodiens profiter seuls de cette manne. En 2013, la Russie va voir déferler sur ses écrans Imax sa première superproduction en 3D.  Sobrement intitulé Stalingrad, ce projet pharaonique portant sur la bataille de la Seconde Guerre mondiale a coûté à son producteur Alexander Rodnyansky près de 24 millions d’euros, le budget le plus important jamais consacré en Russie à un long métrage en 3D. Réalisé par Fyodor Bondarchuk, déjà remarqué en 2005 pour un autre film de guerre : Le 9ème escadron, Stalingrad vise à séduire le public russe avec un spectacle en 3D digne d’Hollywood et un scénario relatant une des pages glorieuses de son histoire.

La Russie et la Chine ne sont pas les seuls nouveaux territoires de la 3D : le film de science-fiction Ra.One, écrit et réalisé par Anubhav Sinha, a connu un véritable triomphe en Inde. Sorti le 26 octobre 2012, il a atteint 44,8 millions de dollars de recettes en seulement quinze jours d’exploitation et a largement remboursé son budget, pourtant colossal, de 27,4 millions de dollars. Cette réussite pourrait encourager les producteurs indiens à franchir le pas et à investir plus massivement dans des projets 3D, alors que ce type de films leur coûte en moyenne près de 15 % de plus qu’un long métrage 2D.


Images tirées du film de science-fiction indien Ra.One

Malgré son essoufflement sur le marché américain[+] NoteIl semble que les producteurs américains et européens orientent leurs investissements vers des films 2D de meilleure définition (4K) pour une rentabilisation plus rapide. Dans les discours marketing des équipementiers, apparaît l’abandon du terme « 3D » au profit de « 4K ». Les prochains films à paraître sont en grande majorité tournés en 4K alors que les films relief sont tournés en 2K. La tendance pour les années à venir sera plus à l’équipement des salles en 4K, la 3D stéréoscopique venant en option additionnelle (les vidéoprojecteurs sont déjà compatibles).X [5], la 3D stéréoscopique semble avoir trouvé le chemin de la rentabilité dans les marchés émergents. Mais les studios hollywoodiens devront compter avec les productions locales, bien déterminées à ne pas laisser leurs marchés domestiques aux géants venus de Californie.

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Crédits photos : 
- Illustration principale :
« 3D is here » Hitchster / Flickr
- Corps de texte :
Salles 3D pleine Steve McN / Flickr
Ra.One Veronika/SRK / Flickr
  • 1. L’appellation 3D était à l’origine réservée à la création et l’animation de modèles ou personnages tridimensionnels. Avec le retour du cinéma relief, c'est-à-dire de la stéréoscopie à la fin des années 1990, le symbole 3D s’est affublé d’un préfixe « S » pour stéréoscopie et est ainsi devenu « S-3D ».
  • 2. Les producteurs américains ne se détournent toutefois pas complètement des versions stéréoscopiques. Au printemps 2013, quatre sorties majeures en relief sont à prévoir : The Great Gatsby (tourné directement en S-3D), Star Trek Into Darkness (tourné en 2D), Epic (film d’animation), Man of Steel (tourné en 2D).
  • 3. 7 696 au total.
  • 4. RealD est une des technologies utilisées en 3D stéréoscopiques. Elle s’applique à des lunettes dites « actives » qui reçoivent un signal infrarouge (à 6 fois la cadence image) qui synchronise la projection de l’image œil Gauche ou Droit avec l’obturation de la lunette œil Gauche ou Droit.
  • 5. Il semble que les producteurs américains et européens orientent leurs investissements vers des films 2D de meilleure définition (4K) pour une rentabilisation plus rapide. Dans les discours marketing des équipementiers, apparaît l’abandon du terme « 3D » au profit de « 4K ». Les prochains films à paraître sont en grande majorité tournés en 4K alors que les films relief sont tournés en 2K. La tendance pour les années à venir sera plus à l’équipement des salles en 4K, la 3D stéréoscopique venant en option additionnelle (les vidéoprojecteurs sont déjà compatibles).
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