DreamWorks Animation, la mutation numérique

Article  par  Arnaud MIQUEL  •  Publié le 23.05.2013  •  Mis à jour le 23.05.2013
Turbo Racing
[ACTUALITÉ] Pour échapper aux aléas du box-office international, DreamWorks Animation diversifie ses activités et mise sur le numérique avec le rachat de la chaîne YouTube AwesomenessTV et la production d’une série animée pour Netflix.
2013 s’annonçait comme l’achèvement d’une ère pour DreamWorks Animation. Clôturant son quatrième trimestre comptable 2012 avec un déficit de 82,7 millions de dollars et le licenciement de 350 personnes, la société mettait ainsi fin à neuf années consécutives de succès en salles et de bénéfices. Ce mauvais résultat est directement imputable à l’échec commercial du long métrage d’animation Les Cinq  légendes de Peter Ramsey[+] NoteLe film est sorti le 28 novembre 2012 dans les salles françaises.X [1]. Malgré ses 303 millions de dollars cumulés au box-office international, le film n’est pas parvenu à rembourser les frais de marketing et d’innovation engagés par la production.
 
Alors que les analystes financiers misaient sur un nouveau déficit pour le premier trimestre 2013, DreamWorks est redevenu bénéficiaire. Plusieurs réussites ont permis ce résultat. Tout d’abord, il s’agit du succès inattendu de la commercialisation du film Les Cinq légendes aux formats numériques, DVD et Blu-Ray. Avec 9,6 millions de dollars de recette, ce sont 3,2 millions de disques (Blu-ray et DVD cumulés) et copies numériques du film qui ont trouvé acquéreurs au mois de mars 2013. Soit plus du double des attentes de son distributeur Paramount qui achève avec ce contrat son accord d’exclusivité avec la société fondée par Steven Spielberg. Dans le même temps, Les Croods de Chris Sanders et Kirk DeMicco[+] NoteLe film est sorti le 10 avril 2013 dans les salles françaises.X [2], le dernier-né des studios DreamWorks, désormais distribué par 20th Century Fox, connaît un important succès à l’international. En salle depuis huit semaines, le film a dépassé les 550 millions de dollars de recette au box-office. Confiant, le groupe espère désormais tenir une nouvelle licence phare déclinable en une multitude de produits dérivés. Un projet de série d’animation pour la télévision serait déjà à l’étude. Depuis le succès de Kung Fu Panda en 2009, aucun univers original n’était encore parvenu à s’imposer de la sorte ni à susciter autant d’espoirs.
 
 Trop dépendant de ses productions cinématographiques, DreamWorks Animation tente de développer des programmes de télévision et des contenus numériques. L’enchaînement de ces performances, tantôt négatives, tantôt positives, confirment la nécessité pour le groupe de diversifier ses sources de revenus. Jusqu’à présent trop dépendant des réussites de ses productions cinématographiques au box-office international, DreamWorks Animation tente de développer des programmes de télévision et la production de contenus numériques. Depuis plusieurs mois, le studio montrait son intérêt pour la création d’une chaîne dédiée à ses programmes notamment à travers l’acquisition du catalogue de licences de Media Classic en juillet 2012. À travers cette opération chiffrée à 155 millions de dollars, DreamWorks s’emparait d’un catalogue riche de 450 propriétés aussi célèbres que Casper le gentil fantôme ou Lassie. Dès lors, les perspectives et opportunités pour un repositionnement de DreamWorks sont nombreuses, tant en termes de distribution de programmes que de déclinaison des séries en produits dérivés. La stratégie de diversification est désormais réelle, comme le prouve une autre série d’annonces du groupe.
 
Le 1er mai 2013, porté par ses résultats comptables positifs, DreamWorks Animation annonce le rachat de la chaîne YouTube AwesomenessTV pour 33 millions de dollars. Considérée comme une référence chez les adolescents, la chaîne revendique, à la signature du contrat : 525 000 abonnés, plus de 105 millions de vues pour sa page principale,14 millions de souscripteurs et près d’un milliard de vues à travers l’ensemble de son réseau. Selon les termes mêmes de Jeffrey Katzenberg, cofondateur et directeur général de DreamWorks Animation, « AwesomenessTV est une des chaînes connaissant un taux de croissance parmi les plus rapides d’Internet et dont l’acquisition donnera un fantastique élan à la stratégie numérique [du groupe] ». Brian Robbins, l’actuel responsable de la chaîne, devra continuer de produire des contenus pour son canal, tout en développant une nouvelle offre familiale composée de programmes issus de l’univers DreamWorks. Plus que jamais, le studio d’animation se rapproche de son ambition d’être le diffuseur de ses propres créations originales, accédant ainsi à de nouvelles perspectives de promotion et de monétisation de ses contenus numériques à travers le monde.
 
Vidéo de présentation de Turbo Racing League
 
Au mois de février 2013, DreamWorks s’était déjà rapproché du diffuseur Netflix pour développer une série d’animation. Basée sur l’univers original d’un long métrage à venir Turbo de Paul Soren[+] NoteSortie en salle programmée pour le 16 octobre 2013.X [3], la série Turbo : F.A.S.T. est la première incursion du groupe de SVoD[+] Note« Subscription Video on Demand », Vidéo à la demande par abonnement.X [4] dans les programmes pour enfants. Pour Netflix, revendiquant 36 millions d’abonnés dans plus de 40 pays à travers le monde, cette annonce est une réponse à Amazon Studios qui, un mois plus tôt, commandait cinq pilotes de séries à destination des jeunes publics. Entre les deux plateformes de streaming, c’est une lutte acharnée qui se met progressivement en place et concerne directement les producteurs d’œuvres originales.
 
Enfin, la nouvelle stratégie numérique du studio semble également passer par le jeu vidéo. En amont de la sortie de son long métrage Turbo, DreamWorks a lancé le 16 mai 2013, Turbo Racing League, un jeu promotionnel autour de sa nouvelle création. Accessible en free to play (F2P)[+] NoteFree to play désigne un jeu qu’un utilisateur peut utiliser gratuitement et/ou procéder à des micro-paiements pour améliorer son expérience (niveaux, bonus, etc.).X [5] sur tous les appareils iOS, Android et Windows Phone, le jeu est accompagné d’un important plan marketing ainsi que d’un concours avec un millions de dollars à la clé pour les vainqueurs d’une course s’étalant sur huit semaines. L’échec financier du dernier trimestre 2012 et ses conséquences semblent désormais bien loin pour DreamWorks Animation.
 
--
Crédit photo :
Capture d'écran issue de la vidéo de présentation de Turbo Racing League / YouTube
  • 1. Le film est sorti le 28 novembre 2012 dans les salles françaises.
  • 2. Le film est sorti le 10 avril 2013 dans les salles françaises.
  • 3. Sortie en salle programmée pour le 16 octobre 2013.
  • 4. « Subscription Video on Demand », Vidéo à la demande par abonnement.
  • 5. Free to play désigne un jeu qu’un utilisateur peut utiliser gratuitement et/ou procéder à des micro-paiements pour améliorer son expérience (niveaux, bonus, etc.).
Vous souhaitez nous apporter un complément, rectifier une information ? Contactez la rédaction