Comment Lionsgate utilise Facebook pour lancer un film

Article  par  Emmanuel RUFI  •  Publié le 26.01.2012  •  Mis à jour le 27.01.2012
[ACTUALITÉ] Le 17 janvier 2012 le studio américain Lionsgate a lancé, pour la première fois, un film en VOD sur Facebook, le jour de sa sortie en DVD. L’industrie du cinéma n’en finit pas de se rapprocher du réseau social.
Le 17 janvier 2012, le studio américain Lionsgate lancait son nouveau blockbuster, Abduction, en location sur Facebook. Le studio américain est ainsi le premier à accompagner la sortie d’un film en DVD par sa diffusion en Vidéo on Demand (VOD) sur la toile. Cette stratégie révèle d’une confiance nouvelle des majors hollywoodiennes pour le réseau social de Mark Zuckerberg
Jusqu’alors, 14 studios de cinéma ont tenté l’expérience d’offrir leurs films à la location sur Facebook. Les premiers à tenter l’aventure ont été les studios Warner Bros, en Mars dernier, avec The Dark Knight. Moins d’un an plus tard, le lancement d'un film non encore sorti en DVD marque un nouveau tournant pour la VOD sur Facebook, en montrant que les réseaux sociaux ne sont plus seulement utilisés pour la promotion d’un film mais pour son adoption même par le public.
 
Ainsi, cette nouvelle stratégie, adoptée par les studios Lionsgate, vise à accompagner le film dans les premières semaines de sa sortie en DVD, semaines critiques pour la réussite de la commercialisation. Par ailleurs le studio va pouvoir recueillir des informations personnelles sur les spectateurs du film, qu’il pourra ensuite utiliser pour de futures campagnes marketing.
 
L’information de base, pour laquelle les entreprises sont prêtes à dépenser des sommes astronomiques, en jeux concours ou pour l’achat d’énormes bases de données, est l’email. Ainsi, Anne Parducci, vice-présidente exécutive du marketing chez Lionsgate, reconnaît dans une interview donnée au Financial Times, que Facebook est avant tout un moyen inédit et bon marché d’obtenir les emails des spectateurs qui vont visionner le film.

Cependant, au delà d’une simple base de données d’emails, la major hollywoodienne utilise Facebook comme observatoire des tendances de consommations de ses différents segments de spectateurs : « nous savons déjà qui sont les fans sur notre page Facebook, mais nous ne connaissions pas leur comportement face à l’acte d’achat ». Comme Lionsgate, de nombreuses entreprises considèrent désormais Facebook comme un excellent outil pour mieux connaître leurs clients, et donc, mieux cibler leur offre et leurs campagnes marketing. En tout cas, la VOD sur Facebook permet aux studios d’augmenter, après chaque diffusion, leur nombre de fans de 20 % à 30 %.
 
Pour les experts, les marques en sont encore au début de leur travail sur les réseaux sociaux, et tout reste à faire. Au-delà de la capacité à intégrer et à traiter les informations provenant des médias sociaux pour comprendre et maîtriser leur e-réputation, les marques utilisent encore trop peu les données et mesures à leur disposition pour analyser les comportements de leur clientèle, et l’impact direct des médias sociaux sur les résultats s’est révélé moindre que prévu en 2011.
 
Parmi les fonctionnalités offertes par le service de location de films de Facebook, l’on retrouve évidemment les concepts de partage et de rating. Aussi, lors des scènes-clés, des boîtes pop-up apparaissent à l'écran avec une réplique de la scène ou un extrait de 20 secondes de la scène, et proposent à l’utilisateur de les liker ou de les poster sur son mur ou celui d’un ami. 
 
Question prix, Abduction coûtera 3,99 $ pour une location de 48 heures sur la plateforme sociale, soit le prix moyen de la location d’une nouveauté sur les plateformes de téléchargement, et l’utilisateur pourra payer en carte de crédit ou en utilisant PayPal. Pour l’instant Lionsgate a décidé de ne pas utiliser la monnaie exclusive de Facebook, les crédits Facebook, pour ses transactions. Ceci est compréhensible lorsque l’on sait que Facebook perçoit 30 % des ventes effectuées avec ces crédits, sans parler de la complexité du parcours client si chaque utilisateur désireux d’assister au film sur Facebook devait auparavant changer sa monnaie locale contre des crédits Facebook.
 
Si Facebook a décidé, en juillet 2011, d’imposer sa propre monnaie aux éditeurs de jeux en ligne sur sa plateforme, Mark Zuckerberg et les dirigeants de Facebook savent qu'ils ne sont pas en mesure d’en faire autant avec les grands studios américains. Pour l’instant le réseau social a encore besoin de laisser l’usage s’installer et de convaincre les utilisateurs, et les principaux fournisseurs de contenus, de la pertinence d’un service de location de films sur sa plateforme.
 
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Crédit photo : capture d’écran du site Facebook 
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