Cap sur le succès pour l'industrie du film en Afrique du Sud

Article  par  Kevin PICCIAU  •  Publié le 27.03.2013  •  Mis à jour le 27.03.2013
[ACTUALITÉ] L'Afrique du Sud développe avec succès, depuis deux ans, un arsenal de choc pour attirer les productions étrangères. Et les films locaux semblent eux aussi profiter de la vague ascendante.
2013 sera-t-elle une année faste pour l'industrie du film sud-africaine ? L'année 2012 a été marquée par un excellent bilan, avec un accueil toujours plus important de productions étrangères et un nombre record de films locaux sortis sur grand écran. Selon les pronostics de nombreux spécialistes, la machine du succès ne devrait pas décélérer dans les mois à venir...

L'engouement des producteurs et réalisateurs venus du monde entier pour la pointe de l'Afrique n'a rien de bien surprenant. Il semble répondre à une loi d'attraction qu'on pourrait qualifier de « naturelle » : voilà des décennies que photographes de mode et publicitaires viennent profiter d'une lumière sans pareille et de paysages idylliques et variés ; le cinéma ne pouvait pas se soustraire à ce courant. Depuis le milieu des années 2000, le territoire sud-africain a accueilli les tournages de plusieurs grands succès hollywoodiens, parmi lesquels Lord of War (2005), Blood Diamond (2006) et Invictus (2009). Fin 2012, ce sont les équipes de Mad Max 4 s'installaient au Cap[+] NoteLa capitale législative de l'Afrique du Sud.X [1] pour plusieurs semaines de tournage dans les environs. Il s'agit, à ce jour, de la plus grosse production qu'ait jamais accueillie l'Afrique du Sud, signe probant d'une industrie du film en plein essor, selon le ministre du Commerce Rob Davies.

Bande-annonce du film Invictus, de Clint Eastwood (2009)

Le pays est encore loin d'égaler le dynamisme dont fait preuve l'industrie du film au Nigeria, laquelle a, pour cette vivacité, gagné le surnom de « Nollywood »[+] Note1000 films produits par an pour Nollywood, contre 271 films produits en Afrique du Sud entre début 2008 et fin 2012 (soit cinq fois plus que les quatre années précédentes, dans le cas sud-africain).X [2]. Le gouvernement sud-africain a cependant pris la juste mesure de ce que peut signifier le développement de l'activité cinématographique en termes économiques et, notamment, pour l’emploi, un enjeu de taille pour un pays marqué depuis longtemps par le chômage de masse. Les pouvoirs publics ont ainsi instauré, en 2012, une série de nouvelles mesures incitatives visant à attirer davantage encore les grosses productions étrangères. L'arsenal offre notamment une réduction fiscale de 20 % aux productions étrangères décidant de tourner en Afrique du Sud, à laquelle peut s'ajouter un rabais supplémentaire de 22,5 % si la postproduction est elle aussi assurée sur le sol sud-africain. Autre atout de taille – et indispensable – pour gagner le cœur des producteurs venus de l'extérieur : le développement de studios et d'infrastructures techniques de qualité. Le Cap a vu s'ouvrir, il y a moins de deux ans, un immense complexe couvrant toutes les étapes de production et postproduction, dont le coût de construction s'élève à plusieurs millions de dollars. Le Cape Town Film Studios, initiative sans précédent dans le pays, a d'ores et déjà offert ses services à quelques blockbusters, parmi lesquels Chronicle, qui symbolise plus que tout autre projet la réussite de l'effort sud-africain : énorme succès en salles, le film situe son action à Seattle (États-Unis) mais a pourtant choisi les studios du Cap. À noter que l'Afrique du Sud, en raison de la faiblesse de sa monnaie (le rand) face au dollar, dispose d’un atout supplémentaire : les équipes de tournage locales représentent un coût bien moindre à celui d'autres places fortes connues pour attirer les tournages, comme l'Australie (20 % plus coûteux), l'Europe (40 %) ou les États-Unis (40 %).

Bien entendu, cette machine de production bien huilée n'est pas un terrain réservé aux projets venus de l'extérieur : la production nationale profite elle aussi des infrastructures développées au Cap. Les effets positifs de l'investissement dans des structures riches en possibilités n'ont pas tardé à se faire sentir. En 2012, l'Afrique du Sud a pu proposer 24 productions nationales sur grand écran, plus du double de ce qu'elle avait réussi à produire en 2009, avec une augmentation constante du volume de films locaux sur quatre ans. Les résultats suivent du point de vue des recettes : les films sud-africains ont réalisé 70,1 millions de rands de recettes en salles en 2012[+] NoteSoit un peu plus de 7,5 millions de dollars.X [3], soit quasiment 7 fois plus qu'en 2009[+] Note10,8 millions de rands de recettes en salles pour les films sud-africains, soit environ 1,15 millions de dollars.X [4], un an avant l'ouverture du Cape Town Film Studios. L'année 2010 avait été marquée par un record de 84,5 millions de rands de recettes en salles[+] NoteSoit plus de 9 millions de dollars.X [5], mais ce chiffre était gonflé par le succès d'un seul film, Schuks Tshabalala, qui a réalisé 37 millions de rands en salles[+] NotePrès de 4 millions de dollars.X [6], s'affichant comme le plus gros succès sud-africain de tous les temps.

En 2013, la production sud-africaine ne devrait pas connaître de relâche. En mars, deux films locaux sont d'ores et déjà sortis en salles, laissant penser que l'année devrait être dense en productions nationales, pour dépasser le chiffre record de sorties  réaliséen 2012. Les deux films déjà présentés au public, Verraaiers et Fanie Fourie’s Lobola, défendent d'autant mieux les couleurs nationales qu'ils ont été tournés en afrikaans[+] NoteLangue officielle de l’Afrique du Sud d’origine germanique et dérivée du néerlandais.X [7]. La plupart des films sud-africains qui feront leur sortie en 2013 devraient d'ailleurs être tournés dans cette langue. La preuve que l'industrie du film sud-africaine semble bien décidée à s'aménager une place confortable sur son propre territoire.

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Crédits photo :
Affiche du film Fanie Fourie's Lobola, avec l'aimable autorisation de Indigenous Film Distribution.
  • 1. La capitale législative de l'Afrique du Sud.
  • 2. 1000 films produits par an pour Nollywood, contre 271 films produits en Afrique du Sud entre début 2008 et fin 2012 (soit cinq fois plus que les quatre années précédentes, dans le cas sud-africain).
  • 3. Soit un peu plus de 7,5 millions de dollars.
  • 4. 10,8 millions de rands de recettes en salles pour les films sud-africains, soit environ 1,15 millions de dollars.
  • 5. Soit plus de 9 millions de dollars.
  • 6. Près de 4 millions de dollars.
  • 7. Langue officielle de l’Afrique du Sud d’origine germanique et dérivée du néerlandais.
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